La Lettre de la Terre – Juin 2026

EDITO

Vive les microbes !

Lors des Journées Chrétiennes de l’Ecologie, la journaliste Marie-Monique Robin est venue à Nancy présenter son film “Vive les Microbes” montrant les liens entre appauvrissement de notre microbiote et problèmes de santé modernes.

Les liens entre microbiote et santé physique et mentale sont de mieux en mieux mis en évidence par les scientifiques ces dernières années. Ce que nous mangeons a des effets non-négligeables sur la biodiversité des micro-organismes présents dans nos intestins. La santé de ce microbiote a en retour des conséquences sur nous, avec des facteurs de risques augmentés pour la dépression, l’obésité et d’autres maladies chroniques s’il est appauvrit, en “dysbiose”.

“Tout est lié” encore une fois. L’écologie ne concerne alors plus seulement l’environnement, ce qui nous “environne”, mais est vécue dans notre chair. Je suis en partie responsable et dépendant de la bonne santé de cet écosystème qui permet à mon corps de fonctionner correctement. Une invitation à convertir le regard posé sur notre corps, sur ce qui le pollue et sur ce qui le lie à toute la Création.

Dahman Richter

NOTE !

La Nuit des Veilleurs de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) aura lieu le jeudi 25 juin prochain à 20h en la basilique du Sacré Cœur de Nancy Cette année, l’ACAT propose le thème suivant : « Prions pour les défenseurs de l’environnement persécutés » et s’associe avec Eglise Verte, leur souci commun étant de s’engager pour le soin de la Création.

BONNE NOUVELLE !

Un seuil a été franchi en 2025, peut-être durablement ? Pour la première fois, la hausse de production d’énergies renouvelables a surpassé la hausse de la consommation électrique, réduisant la part des énergies fossiles.

La production d’énergies renouvelables est en hausse depuis plusieurs années, mais dans le même temps, la consommation mondiale d’électricité continue à augmenter. Ainsi, jusqu’en 2025, l’électricité issue du renouvelable ne venait que s’ajouter à celle issue des énergies fossiles, sans la remplacer.

Dans un monde où les pays émergents ont besoin de plus en plus d’énergie et de ressources pour sortir de la pauvreté, il est naturel et juste que les pays déjà développés compensent cela par des efforts de réduction de leur consommation et de leur empreinte écologique.

Benoît XVI affirmait qu’« il est nécessaire que les sociétés technologiquement avancées soient disposées à favoriser des comportements plus sobres, réduisant leurs propres besoins d’énergie et améliorant les conditions de son utilisation »

AGIS !

Il n’existe actuellement aucune transparence de la part des entreprises de la Tech au sujet de la consommation des IA telles que Chat GPT, Claude ou Llama. Mais des chercheurs indépendants ont évalué la consommation électrique de celles-ci. Il s’avère qu’elle est entre 1,4 et 7 fois plus énergivore qu’une simple recherche sur un moteur classique type Google/Ecosia.

Aussi, un geste écologiquement utile désormais est de privilégier les recherches sur moteurs de recherche classiques avant d’avoir recours à l’IA. Bien sûr, certaines recherches très larges peuvent être faites en un temps record grâce à l’IA, mais quand il s’agit d’obtenir une simple information bien précise comme la date de naissance de telle personne ou tel article de presse, mieux vaut ne pas faire appel à elle et privilégier le plus classique !

Témoignage

Témoignage d’Anne-Sophie Vaxelaire, référente écologie intégrale du diocèse de Metz et ambassadrice Eglise Verte

 

Quel est votre parcours de foi et comment s’est passée votre conversion écologique ?

Je suis issue d’une famille catholique croyante et pratiquante. Mes parents étaient tous deux engagés dans leur paroisse, mon père était chargé de la communication du bulletin paroissial, ma mère est organiste et les deux participaient à la chorale grégorienne et accompagnaient au mariage. J’ai donc un fort ancrage dans la foi depuis ma jeunesse. J’ai grandi dans un village vosgien de 80 habitants, mes grands-parents étaient agriculteurs. J’ai toujours eu une relation à la nature, à la terre, aux animaux. Le scoutisme dans les Scouts et Guides de France m’a permis de prendre part à des activités concrètes, en plein air et j’y ai beaucoup appris. J’allais aussi beaucoup en forêt.
J’ai été catéchisée enfant, confirmée au lycée et ai toujours été accompagnée par ma foi. Mes parents nous ont toujours laissés libres ma sœur, mon frère et moi et n’ont rien imposé.

En 2015, il y a eu un tournant dans ma vie. J’habitais alors en Lozère, au sein d’un hameau près de Mende durant une année. J’ai d’ailleurs eu un énorme coup de cœur pour ce département à la nature très préservée. Les gens y protègent beaucoup leur environnement et y sont attachés. Je me posais alors des questions sur mon avenir professionnel, la suite à donner. Mes parents m’ont parlé d’une encyclique qui “allait me plaire”, l’encyclique Laudato Si du Pape François. Ils me l’ont envoyée par la poste et cela m’a fait découvrir comment allier ma foi avec mon engagement écologique. J’ai alors décidé d’aller passer un diplôme d’éducation à l’environnement et au développement durable en Alsace, à Sélestat. Cela m’a permis d’apprendre comment sensibiliser tous les publics et notamment les plus jeunes à l’écologie.

 

Comment se vit l’écologie intégrale dans le diocèse de Metz ?

Dans notre diocèse, l’écologie intégrale a été introduite par Mgr Lagleize. Il a voulu l’installer auprès du service de la charité pour bien faire le lien entre la clameur de la terre et la clameur des pauvres. Nous ne sommes donc pas à la maison diocésaine mais nos bureaux sont au-dessus du vestiaire solidaire Caritas Moselle. Au cœur de la charité en actes grâce à notre vestiaire accueillant 6000 personnes par an. Le bâtiment a été inauguré en 2022 et est écoresponsable. Il y a de nombreux bénévoles de différentes équipes, c’est un lieu très vivant ! On trouve aussi de l’aide alimentaire, de l’aide pour les enfants avec des bénévoles qualifiés issus de la puériculture, il y a des douches pour les sans-abris, des sacs de couchage etc… je trouve ça très important et symbolique que l’écologie intégrale côtoie toutes ces activités solidaires. Tout est lié !

En tant que référente écologie intégrale (REI), j’accompagne les paroisses désireuses de s’engager, je leur transmets des ressources, les mets en réseau avec les associations locales, mène des actions avec eux. Nous organisons des expositions, activités de sensibilisation pour tous les publics. C’est assez varié et ça dépend des demandes. On a toujours besoin de personnes relais sur place et nous n’imposons rien. Cela passe surtout par des célébrations et nous travaillons aussi beaucoup avec les autres services diocésains comme la pastorale des familles, celle des migrants, celle de la santé ou encore du sport. Nous portons des projets ensemble.

Ce qui fonctionne bien également, ce sont les ateliers Laudato Si chaque mois. On propose un atelier d’écologie du quotidien comme du jardinage, de la couture ou de la cuisine sur une à deux heures puis on termine par un repas partagé durant lequel on parle de Laudato Si avant un temps de prière dans la chapelle de Caritas.

 

Quels sont vos projets futurs ?

Avec une communauté de paroisses nous organisons une année saint François d’Assise à partir du 4 octobre avec des conférences, des célébrations, beaucoup de choses proposées. Tous les mois seront marqués par un événement particulier. Le 24 octobre nous organisons une journée appelée “En quête d’équilibre” avec les pastorales du sport et de la santé ainsi que la charité. Ce sera une journée inspirée par l’écologie intégrale dans l’esprit de sainte Hildegarde de Bingen. Il y aura des conférences, des ateliers et des temps de prière. Cela aura lieu au grand séminaire de Metz. Nous aurons aussi une seconde édition du Campus Laudato Si lorrain qui aura lieu à Nancy à partir de décembre 2026. C’est important et c’est une chance pour nous de faire des choses avec d’autres diocèses. L’esprit de ce campus est d’être ouvert à toutes et tous, de rassembler des personnes engagées dans leur vie ou qui se questionnent sur l’écologie, c’est un temps de formation, d’échanges et d’expérimentation.

 

Quelle place a l’évangélisation dans votre mission ?

L’écologie est une porte d’entrée pour beaucoup de personnes éloignées de l’Eglise. L’encyclique est assez universelle, elle peut parler à tous croyants comme non-croyants. Cela nous permet d’être en lien, de mener des projets avec les associations locales même laïques. Par exemple, avec une paroisse nous avons ouvert l’église plusieurs années pour une journée Laudato Si et avons proposé des stands au fond du bâtiment avec le CCFD-Terre Solidaire, une apicultrice locale, Artisans du monde, un stand de Blablacar Citiz etc… Cela permet d’ouvrir l’église sur l’extérieur en passant par le biais de l’écologie. Des visiteurs pas forcément croyants passent alors le seuil. Cela montre que l’Eglise est aussi investie sur ces sujets. Nous y proposons notre stand écologie intégrale en expliquant comment le diocèse s’implique. Nous le faisons également lors de “Jardin Metz” avec la commune. Tout cela nous permet de dialoguer avec le grand public, les gens sont d’ailleurs assez curieux et posent beaucoup de questions !

PARLE !

La civilisation de l’amour ne naîtra pas d’un geste unique ou spectaculaire, mais de la somme de petits actes de fidélité, constants, qui servent de rempart contre la déshumanisation.

 

Encyclique “Magnifica Humanitas” du Pape Léon XIV