Saint Nicolas

Patron de la Lorraine

Saint Nicolas meurt en 334 (env.) le 6 décembre. Sa réputation grandit très vite, d’abord auprès des marins qu’il protège, puis comme libérateur des prison­niers, au moment où, au VIIème siècle, les enlèvements d’enfants par les envahisseurs arabes sont nombreux.
Ainsi le jeune Basile (Adéodat pour les latins), a été emmené en Crète par un émir arabe gui en a fait son esclave. Le 6 décembre suivant cet enlèvement, il est rendu par saint Nicolas à ses parents, à Tyr en Phénicie : il tient encore à la main la coupe d’or dans laquelle il était en train de servir à boire à l’émir, un instant auparavant.

Au cours des premiers siècles, les récits de prisonniers innocents libérés, comme ceux de marins ayant échappé au naufrage, grâce à l’intercession de saint Nicolas, sont innombrables. Aussi son rayonnement est immense dans tout le monde chrétien dès le X° siècle. Et devant la menace gué fait peser l’invasion turque en Asie Mineure, des marins de Bari, au sud de l’Italie, vont chercher le corps de saint Nicolas à Myre, et le ramènent dans leur ville le 9 mai 1087. Cette date de la « Translation » est depuis lors la « Saint Nicolas d’été », déplacée chez nous au lundi de Pentecôte.

C’est très peu de temps après cette Translation qu’un noble lorrain du village de Port, Albert, rapporte de Bari une phalange de saint Nicolas, relique qui est aussitôt l’occasion de guérisons, de miracles, et donc de pèlerinages, et bientôt nos ducs confient à saint Nicolas la protection de la Lorraine.

Parmi tous ces miracles, la délivrance la plus célèbre est celle du sire de Réchicourt, un croisé retenu longtemps prisonniers des Infidèles à Gaza, et qui, la veille du 6 Décembre 1240, est miraculeusement transporté sur le parvis de l’église de Saint-Nicolas-de-Port. Quelques années plus tard, saint Louis est pris dans une violente tempête en rentrant de la cinquième croisade, le sire de Joinville suggère à la reine d’offrir une nef d’argent à notre église, la tempête s’apaise, la reine fait alors fabriquer cet ex-voto que Joinville apporte lui-même en 1259.

Le rayonnement de saint Nicolas ne fait que croître, alors pendant tout le Moyen Age, et l’on relate d’innombrables intercessions du saint dans les domaines les plus divers. De nombreuses légendes, telle celle des trois enfants assassinés par le boucher, mis en morceaux dans un saloir et ressuscites par saint Nicolas, légende gui n’est probablement qu’une interprétation erronée de l’affaire des trois officiers, s’ajoutent à ces récits.

Comme il s’était battu au cours de sa vie pour faire régner la justice, d’autres épisodes, réels ou légendaires, viennent parfaire son personnage ; II devient alors le défenseur du droit, de l’équité, de l’honnêteté dans les affaires, et sera ainsi choisi comme le patron, le protecteur de nombreuses corporations, surtout juridiques et commerciales.

Mais à partir du XVIème siècle, le protestantisme d’abord, puis le rationa­lisme des siècles suivants, ont beaucoup affaibli le culte des saints, donc en particu­lier de saint Nicolas. De plus, son succès auprès des enfants par les dons qu’il leur distribue le 6 décembre dans nos régions – lointain souvenir des dons aux trois filles – a complètement déformé son image, au point de ne plus en faire qu’un distributeur de cadeaux». Pourtant saint Nicolas fut – et demeure – tout autre chose que cette caricature. Il fut, et demeure, un grand saint qui a défendu la justice, souvent même contre le pouvoir en place, qui s’est dépouillé de ses biens en faveur des pauvres, comme le fera saint François d’Assise neuf siècles après lui.

Il nous a ainsi laissé un message d’amour et d’espérance, qui est de tous les temps et pour tous les hommes. Il n’exige pas de nous la privation, mais le partage : ne pas se replier sur soi, savoir, avec délicatesse, s’intéresser aux besoins des autres.

Par ailleurs, saint d’avant tous les schismes, saint de l’Orient et de l’Occident, autant vénéré par les orthodoxes (et même bien davantage) que par les catholiques, il est une occasion de rencontre entre les deux religions-soeurs, notamment à Bari où se tiennent régulièrement sous son égide les travaux de l’oecuménisme.
Ainsi, pèlerins et visiteurs d’aujourd’hui, à l’instar de nos ancêtres qui prièrent si souvent et en si grand nombre dans cette basilique, c’est en toute confiance que vous pouvez déposer ici vos joies et vos peines, vos remerciements ou vos inquiétudes, au pied de notre grand saint Nicolas…

L’antique procession de Saint Nicolas de port s’est déroulée pour la première fois le 6 décembre 1245, en reconnaissance de la libération miraculeuse du Sire de Réchicourt, après quatre années d’emprisonnement près de Gaza (Palestine) lors d’une croisade.
Cunon de Réchicourt, rentré dans ses foyers, à Réchicourt le Château près de Sarrebourg, a institué une procession à Saint Nicolas de Port, en union avec les prêtres de l’époque et le prieur de l’abbaye de Gorze (57) dont dépendaient les terres de Varangéville et de Saint Nicolas de Port.
Jusqu’à la révolution française, une délégation des bourgeois de Réchicourt le Château y a participé fidèlement en exécution de ce voeu. Cette procession se perpétue ainsi depuis plus de 750 ans et un certain nombre d’habitants de Réchicourt le Château participent.
Près de 2500 personnes et naturellement la pluralité des provenances pour les participants et nous avons eu l’honneur de la présidence de Monseigneur Santoro, évêque d’Avezzano (Italie), ainsi que la présence de notre évêque Jean Louis Papin. Le recteur de la Basilique Jean Louis Jacquot a, comme à l’accoutumée, cité nos visiteurs venus de loin et ordonnancé la procession.
Une heure de procession dans l’enthousiasme que génère notre Saint Patron envers les jeunes et les moins jeunes.

Notre Saint Patron

Saint Nicolas est très mal connu aujourd’hui, même en Lorraine. Grâce à la critique historique et aux travaux des historiens du Centre d’études nicolaïennes de Bari, on commence à se rendre compte qu’il fut un très grand saint, un modèle de justice (les stratélates), de charité et de partage (les 3 filles). Actuellement, en raison de son caractère universel, autant vénéré en Orient (même davantage) qu’en Occident, il est, spécialement à Bari, un messager d’unité et d’œcuménisme, particulièrement entre les catholiques et les orthodoxes, mais aussi entre tous les chrétiens.

Saint Nicolas est né en 255 (env.), à Patare, capitale de la Lycie, province située au sud-ouest de l’Asie Mineure et appartenant, à l’époque, à l’empire romain. La religion officielle y est encore le paganisme, et on y vénère surtout Apollon et Artémis, comme à Ephèse, le grand sanctuaire proche. Les chrétiens évangélisés deux siècles plus tôt par saint Paul et ses compagnons, sont cependant nombreux. Mais ils vivent plus ou moins dans la clandestinité, et subissent périodiquement des persécutions.
Nicolas est chrétien, c’est un adolescent robuste, énergique et volontaire, qui a grandi parmi la foule cosmopolite de ce grand port ; il hérite très tôt de parents aisés, probablement des marchands grecs. Il va consacrer entièrement sa fortune au soulagement de la misère et de la pauvreté.

On raconte ainsi que, dans son quartier à Patare, vivait un homme qui, ruiné à la suite de mauvaises affaires, s’apprêtait à livrer ses trois filles à la prostitution, faute, en ce temps-là, de pouvoir les marier sans dot. Le jeune Nicolas a jeté successivement par leur fenêtre trois bourses d’or leur permettant ainsi le mariage. Bien qu’il ait effectué ces dons en secret, conformément à l’Evangile (« Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite- » Matthieu 6/2-3), il est surpris par le père qui, malgré ses recommandations, fait connaître son bienfaiteur, et cette réputation de générosité ne le quittera plus.
C’est même très probablement cette réputation qui, vers l’an 300, lorsqu’il sera installé à Myre, autre ville de Lycie, le fera choisir comme évêque par la population chrétienne de cette ville. L’usage voulait en effet que les évêques soient choisis par leurs fidèles, et cela, même lorsqu’ils étaient encore laïcs, comme c’était le cas de Nicolas.

Comme évêque, il s’occupe de son peuple au plan spirituel, bien sûr, mais aussi au plan matériel, en ce temps où l’administration civile est en pleine décadence. A la suite de mauvaises récoltes, Myre connaît une période de grande famine. Or des bateaux chargés de blé, en route d’Alexandrie vers Byzance, sont amenés par la tempête à faire escale à Andrake, le port de Myre. Mais leur cargaison est strictement contrôlée, et il faudra toute la puissance de persuasion de l’évêque Nicolas auquel on a fait appel, pour convaincre les capitaines de ces vaisseaux d’accepter de décharger une partie de cette cargaison en faveur des habitants de Myre. Et on dit qu’en arrivant à Byzance, la cargaison aura été miraculeusement reconstituée.

Vers 311, les persécutions reprennent en Lycie, et l’évêque Nicolas est emprisonné avec de nombreux chrétiens. Mais en 373, par l’édit de Milan, l’empereur Constantin donne la liberté à tous les cultes, et les chrétiens sont libérés.
La clandestinité avait rendu difficile la communication entre les théolo­giens, et de nombreuses hérésies apparaissaient, notamment celle d’Arius qui niait la divinité du Christ. Aussi Constantin réunit en 325 le Concile de Nicée pour préciser les dogmes, et Nicolas y participa. On lui a même attribué un rôle impor­tant dans la défense de la foi et notamment de la sainte Trinité.
De retour à Myre, il est appelé à intervenir en faveur de trois jeunes gens innocents, injustement condamnés et sur le point d’être exécutés. Nicolas parvient in extremis à arracher l’épée des mains du bourreau. Puis il enfonce la porte du gouverneur, et admoneste vigoureusement cet homme corrompu, auteur d’une injuste condamnation. Il finira par lui pardonner : sévérité suivie de pardon, telle est la marque, plusieurs fois notée, de saint Nicolas.
Un officier de l’empereur, de passage à Myre, a assisté par hasard à cet épisode. Il s’en souviendra le jour où, à Constantinople, il sera lui-même victime de dénonciations calommieuses et injustement condamné avec deux compa­gnons. La nuit précédant leur exécution, Népotien, Ursus et Herpilion font appel à l’évêque Nicolas, et celui-ci apparaît en songe à l’empereur Constantin, ainsi que, dans les mêmes termes sévères, à son intendant Ablavios. L’empereur libère les prisonniers.

C’est à ce moment, vers 332, que l’évêque doit intervenir à nouveau en faveur de son peuple. Myre est alors écrasée par le fisc. Alors Nicolas se déplace à Constantinople et obtient de Constantin une diminution des impôts de sa ville.
Les païens, encore nombreux, à Myre, fréquentent un temple célèbre, dédié à Art émis. Ce temple est un refuge des démons, et un lieu de perdition pour la jeunesse. L’évêque Nicolas détruit ce temple.
Saint Nicolas, vainqueur des forces du mal, priez pour nous…

Des marins sont pris dans une violente tempête. Soudain un vieillard leur apparaît, qui prend la barre en main et les sauve du naufrage. Arrivés à Myre, et se rendant à l’église, ils reconnaissent en l’évêque Nicolas le vieillard qui les a sauvés.Des marins sont pris dans une violente tempête. Soudain un vieillard leur apparaît, qui prend la barre en main et les sauve du naufrage. Arrivés à Myre, et se rendant à l’église, ils reconnaissent en l’évêque Nicolas le vieillard qui les a sauvés.

L'icône

Le livret de l’icône est en vente à la basilique, ou au presbytère et aussi sur demande par poste.

En 2001, l’iconographe a enduit la planche, les dimensions : 1,30m x 1, 10m, poids : environ trente kilos. Il la fallu une semaine complète pour l’enduire avec un kilo de blanc de Meudon et 200 gr de colle de peau de lapin. Pourquoi de la colle de peau de lapin ? La réponse est relativement simple, pour écrire une icône, il faut que toute la création soit présente dans l’icône pour rendre gloire à Dieu (le monde végétal, le monde animal et le monde minéral).
Le monde végétal est présent dans le bois et la toile.
Le monde animal lui aussi est là dans la colle de peau de lapin (os broyés de lapin) mise dans le levka (mélange de colle et de poudre d’albâtre) et le jaune d’œuf utilisé comme liant dans la peinture (tempera : jaune d’œuf et pigments).
Le monde minéral : enduction avec l’albâtre et pigments utilisés pour la peinture.
Douze scènes furent définies autour du thème central : Saint Nicolas
La naissance du Saint – Le baptême – La consécration épiscopale – Les trois prisonniers – Les trois officiers sauvés – Les trois jeunes filles sauvées de la prostitution – La tempête apaisée – Le concile de Nicée – Le songe de Constantin – La dormition – La translation – La destruction des idoles

Le choix des icônes n’a pas été simple. Il y a eu des discussions sur la Dormition et le concile de Nicée. A noter que cette icône de Saint Nicolas est particulière. Il n’y a jamais de représentation du concile de Nicée I dans les scènes d’une icône avec la vie de St Nicolas. La particularité de cette icône est que l’iconographe s’est inspiré de prototypes du monde entier (de Macédoine, de Russie, de Grèce, de Crète, de différents monastères : des Météores, du Mont Athos et en dernier un prototype contemporain) pour créer réellement une icône de dimension universelle.
Le positionnement des scènes n’a pas été choisi au hasard. Le choix est fait en fonction de critères définis par le philosophe chrétien M Philippe SERS lors d’un colloque à Vézelay en août 2000  » icônes objets d’art ou objet sacré « . Donc cette icône est un nouveau prototype : c’est une création.
L’écriture de l’icône a commencé en Juin 2006 et s’est terminée en Octobre 2007. En tout dix huit mois avec des temps très importants de travail-prières mais aussi avec de longs moments sans la moindre écriture. Combien d’heures de travail, un certain nombre, vous dira l’iconographe, la prière ne se compte pas en temps.
Actuellement peu d’icônes, de cette taille sont écrites, sauf celle pour une iconostase d’une église. Il y a des monastères Orthodoxes ou même des églises en France où l’on peint encore de très grandes fresques comme le monastère St Antoine le Grand dans le Vercors ou une église en Corse.

– La planche dégrossie : ponçage de l’envers, des côtés des arêtes.
– La cuvette creusée au ciseau à bois (si exécution en cuvette)
– La surface griffée pour une bonne adhérence des enduits.
– Encollage avec de la colle de peaux, à chaud attendre 6 à 12 heures.
– La toile : marouflage à chaud attendre 6 à 12 heures.
– Enduction à la levka chaude (12 à 15 couches séparées par 6 à 12 heures) ponçage sommaire entre chaque couche.
– Ponçage et surfaçage de la dernière couche.
– Dessin ou report du dessin original par le calque et gravure à la pointe sèche

L’iconographe commence toujours par poser les fonds d’or. Car Dieu dit : « Que la lumière soit, et la lumière fut » (Genèse. 1.3). L’OR a été choisi pour symboliser cette lumière incréée, parce que l’or est une matière qui ne se détériore pas, ne rouille pas, reste toujours lumineuse (l’or est lumière). Il a été choisi aussi par rapport au soleil, car il est la lumière créée, qui donne la vie à toute la terre , la lumière incréée donne la vie à toute créature.
Ainsi l’Icône transcende le temps et l’espace en plaçant tous les mystères dans la lumière (dans l’or) : en plaçant tout en Dieu. L’icône nous aide à prendre conscience de  » l’Éternel présent « . En plaçant le mystère en Dieu, l’Icône rend le Mystère  » présent  » à notre propre existence. – Dieu est présent à chacun, quelle que soit sa mentalité, sa culture, son degré de compréhension, etc.…
L’iconographie est une prière, c’est le long apprentissage de la prière concrète, silencieuse, non pas par un ressenti (intellectuel) mais par une relation directe avec la personne que l’iconographe est en train d’écrire. C’est à ce niveau là que la prière devient vivante, réelle, elle est constitutive de soi, elle devient prière intérieure. Le plus difficile pour l’iconographe est de laisser la place au Saint et non à soi. C’est en cela que l’iconographie est une école d’humilité.

© Photos : B. Génot