Saint Dié

La Glorification de saint Déodat-musée Pierre Noël de Saint Dié

Vie de Saint Dié

St Dié (Déodat=donné à/par Dieu, Adéodat, Dieudonné devenant « Deydié »= dédié, puis Dié.)

Il est né en Gaule et non en Irlande comme une erreur de lecture l’avait fait dire (on avait confondu « Hibernensis» (d’Irlande)avec « Nivernensis» du Nivernais). Il fut en effet  de évêque Nevers durant trois années et l’on trouve sa signature au concile de Sens (657) avec St Ouen évêque de Rouen (+ 684), St Eloi évêque de Noyon (+660) et saint Faron évêque de Meaux (+ 669). Désireux de solitude, il avait laissé sa charge et était parti.

Il est arrivé dans notre région à Romont près de Rambervillers. Puis expulsé par la population, il passe en Alsace, dans la plaine couverte alors de forêts. On le signale à Ebersmuntser, puis au Val de Villé, à Ammerschwihr à côté de Kaysersberg. Par le col du Bonhomme – c’est lui le Bonhomme  – il échoue sur les bords de la Meurthe et s’installe, dans le Val de Galilée, sur les pentes du Kemberg,  dans la seconde moitié du 7ème siècle, vers 660.

Childéric II en 669 ou 670, qui avait aidé Gondelbert pour fonder Senones, aide Dié à fonder un monastère au Val de Galilée en lui donnant un territoire pour y construire une église et un monastère. St Dié s’installe au lieu-dit « les Jointures », au confluent du Robache et de la Meurthe : la Petite Eglise, le cloître et la cathédrale sont encore sur ce lieu. La 1ère église est dédiée à St Maurice[1] comme souvent dans notre région. Une seconde église plus petite sera construite en l’honneur de la Vierge Marie.

« Autour du monastère des Jointures où affluaient les disciples, on vit bientôt s’installer, se regrouper les habitants de cette région. Progressivement ils élargirent la clairière au milieu de la forêt, mettant en culture les versants ensoleillés, bâtissant des maisons d’exploitation appelées manses ou cellules. Celles-ci sont à l’origine des 24 paroisses ou communes dont le territoire actuel constituait le Val de Galilée »[2]  et son ban.

Il semble que St Dié ait préféré donner à ses moines la règle de St Benoît plutôt que la règle de St Colomban jugée très dure. On pratiquait aussi dans le monastère du Val de Galilée la « laus perrenis »[3] comme à St Maurice d’Agaune.

St Dié mourut dans son monastère le 19 juin 690 âgé de 90 ans. La ferveur était grande dans la maison, 100 ans après encore au point d’attirer l’attention de Charlemagne sur lui : en 769 il rattacha le monastère à la grande abbaye royale de St Denis.

Après des avantages immédiats, ce rattachement apporta à la longue, la décadence de la maison ! Au 10ème siècle on tenta à nouveau de la réformer…

Mais pour faire face à des besoins pastoraux nouveaux,  le duc de Lorraine Frédéric 1er (959-978) transforma le monastère en communauté de chanoines. A partir de l’an 1000, commence l’histoire du Chapitre de St Dié.

Une création « politique » étonnante …

Assez éloignés de la voie marchande habituelle, les habitants christianisés bien avant le 7ème siècle se rassemblent pour fonder un ban religieux qui reçoit des privilèges d’immunités du roi d’Austrasie Childéric II, confirmés et peut-être agrandis par Thierry IV ou Childéric III.

Ce ban comprend probablement la plus haute partie du val de Meurthe jusqu’à La Bolle ainsi que le val de Fave en amont de la prairie d’Hellieule jusqu’aux abord de Beulay.

La fondation reconnue par un privilège royal en l’an 669 est associée à l’œuvre de saint Dié.[4]  Ce ban est commandé par une assemblée chrétienne ou ecclesia, composée de tous les hommes capables de porter une arme, y compris les religieux s’il y en a. Elle choisit en son sein des conseils d’anciens ou saonnes[5] qui se déplacent annuellement à date et lieu fixes dans le territoire ordonné par le ban saint Dié, elle peut aussi se réunir exceptionnellement.

« L’assemblée saint Dié »[6] est aussi conçue sur le mode du thing germanique[7]… L’assemblée primitive semble être née en même temps que le lieu de foire d’automne et  printemps, choisi sur la prairie d’Hellieule. Les assemblées politiques importantes se tiennent aux équinoxes, alors que les fêtes religieuses prépondérantes,… sont liées aux solstices. Les élections se déroulent en plein air, à main levée. Une partie des fonctions est tirée au sort parmi des candidats de même âge.

Les hommes sages, élus, ordonnant la bonne justice et la paix, se retirent au nord, sur l’Ortimont ou mont rond. Ils écoutent le diseur de lois et jugent sans appel. Ils commandent ou désavouent au sud, jeunes et vieux guerriers assemblés au voisinage du bois Saint Martin. Les bonnes femmes ou sages femmes, garantes des valeurs familiales et de la divination, exercent, à l’orient, entre le monticule des Jointures et les Rochattes aux Fées. Elles jugent, réprimandent et consolent les réprouvés, les captifs temporaires et les femmes de mauvaise vie, qui sont gardés à l’occident près du massif actuel de la Madeleine. La pierre hardie, où pouvaient être pratiqué des ordalies par le feu, rappelle le pouvoir féminin.

Le pouvoir mérovingien, a toléré bon gré mal gré cette organisation, en la chargeant aussi de la collecte d’impôt à son profit. Ce ne fut pas le cas des premiers Pépinides et Carolingiens : ils imposent des administrateurs, aux côtés de militaires… ce qui conduit lentement à  supprimer toute vie politique indépendante au niveau du ban saint Dié. »

[1] De la légion Thébenne. Très populaire. St Amé y avait apporté le culte d’Agaune où il avait séjourné.

[2] Chanoine André Laurent Ils sont nos aïeux 1979 p. 96

[3] Les moines étaient divisés en groupes et assuraient l’office les uns à la suite des autres afin que la « louange soit perpétuelle » (laus perennis)

[4] Voir plus haut : Vie de St Dié.

[5] La saonne de justice semble être vénérée au-dessus de tout autre pouvoir et ses plaids sont les plus respectés.

[6]Voir Histoire de St Dié des Vosges. Wikipedia.

[7] Le thing est le nom des assemblées gouvernementales dans les anciennes sociétés germaniques d’Europe du Nord, composées des hommes libres de la communauté. Aujourd’hui, le terme existe encore dans les noms officiels d’institutions politiques et judiciaires de pays d’Europe du Nord.