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Témoignage de Johann Graille-Bégin « Je travaille au service de l’Église diocésaine », les 3 et 4 février 2018

 

Je m’appelle Johann Graille-Bégin. J’ai été appelé, et j’en suis très honoré, à venir témoigner devant vous de mon engagement au sein de l’Eglise. En effet, je travaille pour l’Eglise diocésaine et plus précisément dans le service diocésain de la Pastorale des Jeunes.

De mon expérience, je ne pourrai pas vous dire mille et une choses car j’ai  seulement commencé à travailler début septembre dernier. Néanmoins le Seigneur n’attendant pas la sagesse venant avec les années, j’ai été tout de même comblé de grâces ces six derniers mois. J’y reviendrai plus tard…

Ce dont je peux vous témoigner c’est du chemin, tortueux s’il en est, qui m’a conduit jusqu’ici. Je suis né à Nancy, j’y est passé toute ma jeunesse et mon adolescence. Mon bac en poche et une année de mise à niveau au Lycée Poincaré, je suis monté, pleins d’espoirs,  à la capitale. Je débutais des études en montage vidéo que j’allais poursuivre par l’obtention d’un master en cinéma. Mon désir était de devenir réalisateur, je rêvais à Cannes, aux plus belles actrices qui deviendraient un jour mes muses et aux étoiles d’Hollywood Boulevard.

Depuis mes années au lycée, comme beaucoup de jeunes catholiques, j’avais progressivement arrêté d’aller à la messe. Je ne priai plus. Cependant, ironie de l’histoire, lors de mon passage parisien, j’étais quand même considéré par mes camarades comme « le catho de service ». En effet, je portais depuis peu, comme un signe de fidélité, ma médaille de la rue du Bac, dédiée à Marie. De temps à autres, quand le soir je la retirais, je disais la fameuse prière : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». En préparant ce témoignage, je me suis rendu compte à quel point cette médaille et cette prière ont été ce fil ténu qui m’a rattaché au Christ. Je ne pratiquais plus mais je croyais toujours en Dieu.

A la fin de mes études, j’avais besoin de revenir à mes racines et de vivre dans une ville à échelle humaine. Je retrouvais Nancy. S’ouvrait alors pour moi une période d’errance qui allait durer pas moins de cinq ans. J’ai tenté de débuter une thèse qui ne s’est pas faite pour des raisons pécuniaires. J’ai été deux ans surveillants en collège. Puis deux ans au chômage, sans doute une des périodes les plus difficile de ma vie.

Depuis l’écriture de mon mémoire et la découverte de Carl Gustav Jung, le psychologue analytique, fils spirituel puis déchu de Sigmund Freud, je m’étais petit à petit ouvert au domaine de l’irrationnel. Cela me conduisit sur les chemins, certes fascinants mais ô combien dangereux, de la gnose et de l’ésotérisme. Chemins dont j’ai découvert qu’ils étaient un héritage familial et dont je reprenais le parcours malgré moi. Aussi néfastes qu’elle ait pu être, la direction prise par cette voie que j’ai empruntée a eu le mérite de me tourner à nouveau vers Dieu. En parallèle à cela, je m’intéressais à la politique et développais une soif insatiable de connaissance sur le fonctionnement du monde, de la France et des problèmes auxquels ils faisaient face. Progressivement et en m’intéressant à l’histoire de mon pays, je me suis mis à l’aimer de plus en plus et à devenir très patriote. Forcément en explorant les pages de l’histoire de la fille ainée de l’Église on ne peut ignorer le christianisme. C’est ainsi et en convergence avec ma quête spirituelle que j’ai décidé de retourner à la messe. C’était un mercredi des cendres il y a trois ans. On lisait ce jour là « Le retour du fils prodigue ». Par désir de tradition, j’étais en ce jour, à la chapelle du Sacré-Cœur où sont célébrés les offices de la fraternité Saint-Pie X. Même si j’étais revenu à l’Eglise pour des raisons presque identitaires, les chants grégoriens et la liturgie du rite extra-ordinaire répondaient à ma soif de sacré. Je fréquentais la chapelle encore quelques temps. Jusqu’à cet évènement décisif que fut ma retraite ignatienne de février 2016. Je préparais alors durant cette première année de chômage, une mission de volontariat au Tchad. Le directeur du service jésuite de volontariat m’avait envoyé au Chatelard près de Lyon faire cette retraite pour faire le point et discerner sur le pourquoi qui me poussait à partir. J’ai vécu une véritable conversion là-bas. Pour bien la comprendre vous devez savoir que, deux mois avant la retraite, je vivais une période sombre où je ressassais beaucoup de pensées noires sur l’avenir. Pour ponctuer cela, dans une chute rocambolesque, je me suis cassé le radius (l’os de l’avant bras) en deux. A l’hôpital, on m’annonçait le diagnostic. L’opération était risquée et il y avait une possibilité que je perde l’usage de ma main parce que la fracture se situait près des nerfs qui commandent poignet et pouce. Pourtant dés mon arrivée à l’hôpital j’étais dans un état de paix intérieure que j’ai peu connu depuis, comme si je pressentais que cette chute fut salvatrice. Qu’elle que serai le résultat de l’opération je m’en remettais à Dieu. Juste avant celle-ci, j’ouvrais mon missel. Dans le psaume du matin il était écrit « ils danseront les os que tu brisais ». Ça ne s’invente pas. Durant la retraite, le Christ m’a parlé durant les oraisons, Dieu a éclairé ma personne, mon parcours, mes péchés. Il a illuminé par une image saisissante le pourquoi de ma chute : j’étais le sarment de la vigne qui s’en était détaché. Par ma négativité je m’étais coupé de Dieu. Je ne pouvais plus donner du fruit. Alors, après de multiples grâces reçues pendant ces cinq jours, lors d’une des dernières oraisons au pied da la croix, le bon Dieu m’a montré une direction nouvelle, direction que j’essaye de suivre désormais, porté par l’Esprit-Saint. Après cette retraite, je suis parti au Tchad pendant trois mois. Expérience incroyable qui a renforcé cette foi nouvelle et pour laquelle j’aurais besoin d’une conférence pour vous en raconter toutes les richesses et les grâces que j’y ai reçu (et aussi les quelques épreuves !). Malheureusement je n’ai droit qu’à cinq minutes et comme je crois les avoir déjà dépassée je vais être obligé de sauter à la conclusion.

A mon retour du Tchad, je n’allais presque plus du coté de la Fraternité Saint Pie X. Un ami m’a invité à la messe à la Chapellenie de Marie-Immaculée. Même si je continuais, et continue encore, à pratiquer selon la forme extra-ordinaire, j’étais vraiment revenu dans l’Eglise. Car c’est en son sein que Dieu m’a appelé à travailler. En effet, en juin dernier, je rentrais du football où je m’étais blessé, et, dans la rue de la commanderie, où j’ai vécu toute mon enfance, je rencontre le Père Sebald que je connaissais un peu. Je lui partage ma situation de chômage et mes déboires professionnels. Il m’informe que la Pastorale des Jeunes recherche un animateur. Je hoche la tête sans grande conviction : « je ne sais pas si j’ai les compétences pour ». Nous discutons encore un peu et je finis par rentrer chez moi. Là cela m’est apparu comme une évidence ! Je devais tenter le coup. La fin de l’histoire vous la connaissez puisque me voici devant vous.

J’en arrive à la fin de ce témoignage et je me rends compte que je n’ai parlé que de moi et peu de mon engagement. Permettez-moi alors de m’appuyer sur ce long récit pour vous parler de la jeunesse et de la jeunesse catholique en particulier que je côtoie et avec qui je travaille. J’en ai bien conscience, nous sommes une génération déstabilisante parce que déstabilisée. Dans un monde, une société où les repères volent en éclats les uns après les autres, nous errons parfois et avons du mal à nous enraciner pour planter à notre tour de nouvelles graines. J’ai vécu ce parcours et c’est à seulement 29 ans que je commence à avoir une ligne directrice. C’est bien parce que j’ai vécu ce parcours difficile que je veux aujourd’hui aider les jeunes à s’ancrer dans la foi, dans la prière et l’engagement auprès des plus faibles. Parce que je sais aujourd’hui que Dieu est un guide infaillible et qu’il vient vous chercher même quand vous êtes au plus bas. Surtout quand vous êtes au plus bas. Comme je vous le disais au début, j’ai été comblé de grâce depuis que je travaille pour l’Eglise et une joie immense grandit en moi chaque jour. Je rencontre des jeunes d’une richesse incroyable, qui ont une fois très forte, un désir de se former pour évangéliser. Ils désirent annoncer la bonne nouvelle du Christ autour d’eux et n’ont pas peur de dire qu’ils sont catholiques à leurs camarades. Si la génération de nos parents était celle du levain dans la pâte, la notre porte les fruits de cette période que l’on a appelé celle de l’enfouissement.  Notre génération est celle « de la voix qui crie dans le désert », dans une société marqué  par le nihilisme.

J’ai longtemps pensé, en ce temps où les églises se vident et où le message du Christ perd du terrain que l’Eglise avait un futur bien sombre. Mais quand je rencontre cette jeunesse que j’observe ses aspirations, mon cœur se gonfle de cette vertu théologale dont nous avons tant besoin : l’espérance!
Alors s’il y a bien une chose que je souhaite que vous reteniez de ce témoignage c’est : soyez dans la joie et l’espérance ! Christ est ressuscité, il a racheté nos péchés, nous a relevé du tombeau et sa victoire définitive est je crois, toute proche !