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LE JEUDI SAINT

Le dernier repas_Mathias Grünewald

Institution de l’Eucharistie

Saint Paul nous rappelle dans sa première lettre aux Corinthiens le geste de partage du pain et du vin par Jésus.

 

La Cène par le maître de la Madeleine
(musée du Petit Palais à Avignon ; document Wikimedia)


Frères,
moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »

Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

(1 Co 11, 23-26)

 

Les disciples ont obéi à cette consigne du Christ et l’ont répandu dans les premières communautés chrétiennes. Les Actes des apôtres en témoignent. Petit à petit l’eucharistie est devenue ce sacrement essentiel. Par lui nous rendons grâce à Jésus, nous l’accueillons en nous et nous faisons corps avec lui pour essayer d’en être le reflet dans notre vie.

 

Un autre symbole

Pendant le dernier repas de Jésus, celui-ci s’est livré à un autre geste symbolique : le lavement des pieds. On se le remémore lors de la célébration du jeudi saint lorsque le prêtre fait de même avec quelques fidèles.

Le Lavement des pieds, église d'Artonges dans l’Aisne (site internet Rencontrer Jésus)

 

Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.

Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »

Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »

Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »

Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

(Jn 13, 1-15)

 

Ce passage veut nous montrer que l’amour doit nous inciter également à être serviteurs les uns des autres. Ce geste est un geste d’humilité mais aussi d’amour, de communion. L’autorité ne s’exerce pas que par l’ordre et le pouvoir mais aussi par la relation à l’autre.


 

Une très belle méditation du cardinal Lustiger
(archevêque de Paris de 1981 à 2005)

 

 

 

 

(lire aussi l’article qu’Olivier Jay lui a consacré en août 2017 sur lefigaro.fr)


 


 

« Le Jeudi Saint, le mystère de la croix nous est déjà donné dans sa plénitude puisque le Christ offre et célèbre au Cénacle le sacrifice qu´il va accomplir le lendemain sur la Croix. Vraiment, c´est une bénédiction que l´institution de l’Eucharistie ait lieu avant la Passion. Le Seigneur nous instruit et donne d´abord à son Église, constituée par les Douze, la réalité sacramentelle de l’Amour, du pardon, de la Rédemption, le Sacrifice de l´Alliance nouvelle en son sang, avant de les entraîner, à sa suite, dans l’offrande de sa vie par le supplice de la croix. Comment réagirions-nous si nous étions face au Crucifié sans avoir d’abord reçu l’Eucharistie ? Probablement comme les passants qui, regardant la croix, sont pris dans les ténèbres (cf. Luc 23, 44), foudroyés par l’incompréhensible signe dressé entre ciel et terre.

L´attitude spirituelle du Jeudi Saint nous demande d´accepter la bénédiction que représente l’Eucharistie, dans la mémoire de la délivrance d’Israël. Dieu fait naître en nous la joie profonde de l’action de grâce. Demandez alors à Dieu, avec force, la grâce de le bénir dans l’Eucharistie et de recevoir le Corps livré et le Sang versé comme un don de paix, de bénédiction et de réconciliation.

En cette anticipation de l’épreuve qui doit venir, désirez que la Passion nous soit douce : d’abord, le Salut reçu ! Qu’elle nous soit communion et union au Christ, lui qui est « avec nous, tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20). Le mystère eucharistique nous est « transmis », nous dit saint Paul, pour constituer l’Église tout au long de l´Histoire.

– Le Christ nous donne son Corps et son Sang, vraie nourriture, vrai breuvage, Pain de Vie, gage de résurrection ultime.

– L’Esprit saisit nos corps mortels, nous donne la Vie, nous transfigure, nous divinise.
Voici, au-delà de notre sensibilité et de ses obscurcissements, le signe et le gage de la Présence du Seigneur donnée à son Église et gardée dans son Église par son acte liturgique.

Rendez grâce ce jour-là, même si, pour quelque motif que ce soit, votre peine est grande ! Ne vous laissez pas accabler. Avec le Christ, rendez grâce. Épousez l’action de grâce de tout le peuple de Dieu. Laissez-vous porter par cette vague d’action de grâce, par les psaumes du Hallel (113 à 118) que le Christ chante cette nuit-là. Laissez cette action de grâce monter de plus loin que vous et vous porter au-delà de vous-mêmes. Car, à ce moment-là, vous accomplissez le mystère sacerdotal du peuple de Dieu.

Le Jeudi Saint, il vaut la peine de méditer la trahison de Judas. Ne pas prendre ce récit avec horreur, mais comprendre par la foi que cette trahison est le signe déchiffrable de la réalité du péché – infidélité, rupture, division – qui mène le Christ à la Croix. Et, pourtant, Judas n´est pas d’un autre bois que les Onze. Judas demeure pour nous un frère aimé et perdu que nous ne devons pas exécrer. Si Pierre pleure et reçoit la miséricorde, Judas désespère et se détruit. Mais c’est le secret de Dieu de savoir où l’a conduit son désespoir et jusqu’où l’amour du Rédempteur va le chercher. Le Christ l’a aimé et est mort pour lui aussi. Le Christ, descendu aux enfers, a parcouru tous les abîmes de la mort. Judas, brebis perdue, aurait-il le pouvoir de se dérober au Bon Pasteur qui veut le retrouver ? La trahison de Judas nous permet de mesurer la gravité de notre péché, d’éclairer le véritable enjeu de nos choix face à l’amour du Christ. A cet égard, le verset 23 « Et eux (les Douze) se mirent à se demander quel était donc parmi eux celui qui allait faire cela » est remarquable. Tous se jugent donc capables de trahir ! Ils sont moins sûrs d´eux-mêmes que nous.

La nuit du Jeudi Saint, priez la nuit ! »