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Catholiques en Meurthe-et-Moselle

Charles Krémer

Curé d’Haussonville et aumônier diocésain de la Jeunesse agricole catholique (JAC), Charles Kremer a laissé une forte impression à ceux qui l’ont connu.

 L'homme créé à l'image de Dieu

« Nous sommes arrivés en même temps à Haussonville, en août 1929. Lui comme curé, moi comme nouveau-né : le père Kremer, c’est toute ma jeunesse ! ». L’abbé André Bénad a gardé des souvenirs précis de celui qui fut son curé jusqu’en 1954, année de son ordination. Né en 1900, Charles Kremer est originaire de Damelevières. Ordonné prêtre vers l’âge de 27 ans, il est d’abord vicaire à Saint-Jacques de Lunéville, puis curé d’Haussonville, où il restera jusqu’à sa mort en 1988.« C’était un curé très dynamique : il a démarré le cinéma à Haussonville, dans une salle paroissiale où l’on jouait aussi des pièces religieuses. » L’abbé Kremer lance également le patronage, lieu de loisirs et d’évangélisation regroupant les enfants de plusieurs villages. « Aux beaux jours, on partait presque chaque semaine au bord de la Moselle : nous étions parfois quinze dans sa voiture, une vieille Panhard… C’était un intrépide au volant ! J’avais souvent peur et il me rétorquait « c’est parce que tu n’es pas en état de grâce ». Un jour, sa voiture est allée dans le fossé, mais il n’y a pas eu de blessés…» 
 

L’engagement dans le monde rural
 

L’énergique curé ne manque ni d’audace, ni de poigne. Et il en faut pour s’investir autant pour la jeunesse ! Jusqu’en 1970, il organise des camps annuels en France, en Espagne, en Italie. Toute l’année, il prépare ‘des bocaux’ pour permettre aux jeunes de partir à des prix dérisoires. De 1943 à 1959, l’abbé Kremer est aumônier diocésain fédéral de la JAC. « Il a mis en pratique les convictions de l’abbé Jacques (1900-1939), l’un des fondateurs de la JAC, rapporte Louis Sesmat, président du Mouvement de 1959 à 1961. L’intuition de ce prêtre visionnaire, curé de Maixe, était qu’il n’y avait de solution pour le monde rural qu’en travaillant ensemble. À une époque où le traditionalisme était ébranlé, cette réflexion avait toute sa place. » L’abbé Kremer se dépense sans compter auprès des jeunes et de leurs parents, s’investit dans les réunions de section et les réunions fédérales, les Semaines rurales, les Fêtes de la terre, les récollections, les voyages d’étude… Dans la France de l’après-guerre, l’agriculture commence à s’ouvrir aux nouvelles techniques. Louis Sesmat se souvient : « Il nous a emmenés voir la première moissonneuse-batteuse travailler en Meurthe-et-Moselle ! »
 

Un caractère bien trempé

 

En accompagnant toute une génération d’agriculteurs et de futurs responsables d’organisations agricoles, la JAC et, à travers elle, l’abbé Kremer ont contribué à l’émancipation du monde rural. « C’était un homme de réflexion. Il a reçu la Légion d’honneur, mais il était d’une humilité totale. » Tout en étant capable de mouvements d’humeur : « Mes sœurs étaient allées se baigner dans la Moselle avec des garçons et il les a mises à la porte de la paroisse, raconte l’abbé Bénad. Par la suite, il est venu demander pardon à mon père : je le vois encore se mettre à genoux ! » À la fois moderne et strict sur la morale, exigeant et généreux, très actif et de santé fragile, l’abbé Kremer forçait le respect. Sous ses airs parfois bourrus, il avait le cœur sur la main et accordait une grande confiance aux hommes, notamment aux jeunes. « Son fil rouge, confie Louis Sesmat, c’était ‘l’homme créé à l’image de Dieu’. Je l’entendais souvent dire : Et si nous comprenions ce que veut dire ‘Dieu s’est fait homme ?’. »