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Nancy - Église Saint-Sébastien Nancy - Église Saint-Sébastien

Homélie du père JM Munier pour le dimanche 2 avril 2017

5ème dimanche de Carême, année A

            En cette année liturgique, dite année A, l’Eglise nous offre chaque dimanche de Carême un panel assez exceptionnel de texte évangélique, qui ont une vraie visée catéchétique, et même baptismale ! Nous avons commencé avec les tentations au désert, pour poursuivre avec la transfiguration, puis la samaritaine, ce fut le tour de l’aveugle né et aujourd’hui la résurrection de Lazare.

 

            Il y a pour tous ces textes une double portée : celle tout d’abord dicté par la réalité de l’évènement, et celle ensuite de son interprétation spirituelle.

            Ce texte, dans sa réalité évènementielle, nous prépare à l’épisode proche du Vendredi Saint. D’ailleurs la suite du récit est assez claire, puisqu’il s’agit de la décision par les chefs du peuple juif de tuer Jésus. Et le chapitre suivant nous fait commencer la longue mais certaine ascension vers la Croix. A nous, qui dans une semaine allons entrer dans la Semaine Sainte, ce texte nous prépare aussi à vivre l’épisode cruel de la mort de Jésus. Car finalement, cette Résurrection provisoire, ou réanimation, de Lazare, a bien pour but de révéler Jésus. Il le dit bien lui-même : « Moi, je suis la Résurrection et la Vie ». Il dit bien aussi : « Lazare est mort, et je me réjouis de n'avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez ». Jésus donne lui-même déjà à ce miracle une dimension de témoignage, de Révélation. Et cela sera efficace, puisque notre scène se termine ainsi : « Les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui ».

            Venons-en maintenant, à une portée plus symbolique de ce texte. Elle nous est suggérée par l’un des sens de la mort, qui n’est pas forcément que physique, mais qui peut être aussi spirituelle. Ainsi, le Père Cantalamessa, prédicateur du pape, écrit : « L'histoire de Lazare a été écrite pour nous dire ceci : il y a une résurrection du corps et une résurrection du cœur ; la résurrection du corps aura lieu « au dernier jour », mais celle du cœur se produit, ou peut se produire, chaque jour ». Même la 1ère lecture, tirée du livre d’Ezéchiel, avait cette dimension symbolique. Alors demandons-nous quels sont les tombeaux que le Seigneur veut ouvrir dans notre vie… d’où le Seigneur veut-il nous sortir ? de quelle mort veut-il nous délivrer ? Je vous propose deux interprétations : une première assez générale, et une seconde plus particulière.

 

Nous sommes tous capables de le constater, ce qui nous enferme, ce qui nous donne la mort, c’est bien le péché. C’est toutes les fois où nous ne vivons pas ou plus sous l’emprise de l’Esprit en fidélité à notre baptême, mais sous l’emprise de la chair, dans le sens large de ce terme. Le récit du fils prodigue reprend ce symbole de la mort lorsque le Père déclare : « il était mort, et il est revenu à la vie ». Et donc la résurrection, la vie qui peut nous être offerte, c’est ce que le psalmiste appelle le pardon : « Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon pour que l'homme te craigne ». Vivre le sacrement du pardon, c’est entendre Jésus nous dire comme à Lazare : « Viens dehors ». Benoît XVI écrivait : « Le carême est un temps propice s'il en est pour méditer sur la réalité du péché à la lumière de l'infinie miséricorde de Dieu, que le sacrement de la Pénitence manifeste dans sa forme la plus haute ». Le St Père ajoutait ensuite : « Si, tout en étant animés par le désir de suivre Jésus, on ne se confesse pas régulièrement, on risque peu à peu de ralentir le rythme spirituel jusqu'à l'affaiblir toujours davantage et peut-être même l'éteindre ». Je vous rappelle que le pape François est dans la même optique, rappelez-vous ses gestes symboliques fréquents, où lui-même se confesse, avant de donner le pardon aux pénitents.

 

Venons-en à la seconde interprétation symbolique de ce texte. Il y a manifestement dans notre vie, et particulièrement dans notre vie chrétienne, des attitudes d’enfermement, de repli sur soi dont Jésus veut aussi nous libérer. Ce sont tous ces moments de sclérose, de léthargie spirituelle où nous ne sommes pas prêts à bouger, à nous convertir, à changer quoi que ce soit ! Il y a des tas d’exemples où nous connaissons une vraie mort, une vraie paralysie, un immobilisme ravageur. D’ailleurs le Pape François a lui-même fustigé ce comportement : « Je pense à tant de chrétiens, à tant de catholiques, qui sont catholiques mais sans enthousiasme et plein d’amertume !..."Je vais à la messe tous les dimanches mais mieux vaut ne pas s'en mêler, je ne veux pas être dérangé, j'ai la foi pour mon salut mais je ne sens pas le besoin de la partager"... chacun chez soi, tranquilles dans la vie... il vaut mieux ne pas prendre de risque... ». « C’est la maladie de la paresse des chrétiens. Ce comportement transforme les chrétiens en personnes immobiles, tranquilles mais dans le mauvais sens du terme : ils ne cherchent pas à sortir pour annoncer l’Évangile ! ». Chers amis, quand nous sommes comme ça, Jésus dit aussi : « viens dehors », et il ajoute : « déliez-le ».

 

Alors, frères et sœurs, je vous encourage à entendre Jésus vous appeler à Lui, à cette rencontre transformante. « Viens dehors » nous dit-il. Sors de ton péché, ou plutôt, laisse-moi te sortir de ton péché. Laisse-moi te pardonner. Laisse-moi t’offrir ce salut pour lequel j’ai abandonné ma vie sur la Croix. Laisse-moi t’aimer. Viens dehors. Sors de cet orgueil qui t’empêche de changer ton existence, sors de ton repli dans ton petit groupe. Sors de cette fierté avec laquelle tu es encore trop attaché à l’image de toi. Viens dehors, viens à moi. Viens juste pour quémander mon amour. Tu as du prix à mes yeux, et je ne supporte pas de te voir dans ton tombeau. Viens ! Viens dehors ! Viens auprès de moi ! Viens goûter ma tendresse ! Viens te jeter dans mes bras ! Viens savourer ma miséricorde ! Viens dehors !