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Nancy - Église Saint-Sébastien Nancy - Église Saint-Sébastien

Témoignage de Julien Carton, chanteur, 30 septembre et 1er octobre

Témoigner, c’est important… Et pourtant, c’est toujours un peu déroutant de devoir livrer un témoignage global et personnel, à la fois objectif et intéressant. Je vais tâcher de vous expliquer ce qui a façonné l’homme que je suis aujourd’hui, ce qui fait de moi un chanteur, un écologiste et un chrétien engagé.


Bien grandir quand on est riche des bonnes bases

Né en 1985, je suis l’ainé de 6 enfants. Nos parents étaient très actifs dans l’Eglise, en paroisse et dans le scoutisme et nous avons eu la chance de trouver à chacun de nos déménagements des paroisses vivantes et accueillantes.

 

Nos parents ont su nous accompagner tous les six dans l’apprentissage de la spiritualité : en famille d’abord, dans la vie paroissiale, chez les scouts puis au MEJ. En parallèle de ces engagements qui nous ont appris à connaître Dieu et à le partager, ma famille m’a apporté la culture du bon sens, de la simplicité, du respect de la nature mais aussi la culture de la musique. Nos parents prônaient aussi le partage et l’amour de la différence : en 1999, nous adoptons Vanessa, notre nouvelle petite sœur de 8ans, en fauteuil roulant. 

 

J’intègre le Mouvement Eucharistique des Jeunes à l’âge de huit ans. J’y apprend à devenir un chrétien debout, à construire l’avenir en m’appuyant sur le passé. La spiritualité ignacienne du MEJ m’aide à poser sur le monde un regard bienveillant et à voir autour de moi ce qui est beau, bien et bon.

 

Le MEJ c’est aussi là que j’apprends à devenir animateur et à redécouvrir la beauté de la nature. Des camps comme Corsica ou le Tour du Mont Blanc nous rappellent combien nous sommes petits face à de si grands espaces. Et surtout c’est le moteur qui me décide un jour à gratter les cordes d’une guitare pour la première fois. Les diapasons rouge et orange, il n’y a que ça de vrai pour décompresser entre deux révisions du bac. C’est aussi pendant un camp Mej qu’un moine de l’abbaye de Timadeuc m’annonce : « Prier ça ne sert à rien, mais ça change tout ! » … Une phrase qui me marque encore aujourd’hui.

Le temps des études et des choix à poser seul

Arrivé seul à Nancy pour mes études, je choisis de rejoindre le MEJ local. C’est là que je rencontre de véritables amis mais aussi ma future épouse Noémie. Je prends la tête du groupe de musique du mouvement, comme un premier vrai engagement de chrétien actif et acteur de ma foi. 

 

Etudiant en école d’ingénieur, je ne suis pas toujours sûr de mes choix. Alors que mes camarades pensent à leurs futurs métiers et surtout à leurs futurs salaires, j’ai besoin de me poser pour discerner et comprendre ce que je veux vraiment. Mon stage de fin d’études sert de déclic : le côté social qui manque peut-être traité par le biais de l’environnement. La vie est faite de rencontres, de clins d’yeux : je trouve du travail
directement à l’Université du Luxembourg, ce qui me conduit à une thèse puis à un emploi à l’Université de Liège à temps partiel pour vivre de la musique. Je suis heureux dans ma vie personnelle, marié et amoureux, mais aussi dans ma vie professionnelle, épanoui entre mes différentes passions. 

 

Certains n’aiment pas mélanger personnel et professionnel. De mon côté, plus j’avance dans ma vie, plus je m’aperçois que dans mon cas famille, amis, musique, foi, vie professionnelle sont intimement enchevêtrés.  
 

Quand la musique rassemble et se fait messager de paix 

La musique est universelle ! Mes différents projets musicaux me permettent de toucher tous les publics et d’aborder tous les sujets qui me tiennent à cœur : la tolérance, la rencontre, ma foi, la fraternité mais aussi l’environnement… Pour éviter les clichés et rencontrer tous les publics, j’ai un groupe chrétien (Julien Carton&Co.) et un autre profane (Louin). Je joue parfois les mêmes chansons mais l’image est différente et l’impact d’autant plus fort. Parfois devant des salles pleines, parfois devant des églises vides… mais le plaisir de partager reste le même.

 

En parallèle de mon travail, la société de production ADF-BAYARD MUSIQUE, rencontrée dans le cadre de l’enregistrement du dernier album du MEJ en 2013, me propose la production d’un album. Le fil rouge de cet album me vient alors comme une évidence : le retour à l’essentiel. Dans ce monde où tout va trop vite, l’homme en veut toujours plus : plus d’immédiateté, plus d’argent, plus de pouvoir, plus de tout. Et pourtant, notre maison commune, la terre, est en train de mourir.

 

Dans le contexte du réchauffement climatique, l’homme n’a que peu de considération pour la préservation de son environnement. L’homme a grandi en la traitant en propriétaire unique, en dominateur.
 

A la croisée des compétences et des convictions profondes

Après un an mi-temps ingénieur mi-temps musicien en Belgique, je crée ma société nommée « ICSEED ». La priorité est d’œuvre autour de 2 axes : travailler sur l’existant mais aussi sur le confort de l’utilisateur. D’un point de vue business, le confort c’est augmenter la productivité… mais il y a aussi des enjeux éthiques, sociaux et environnementaux majeurs.

 

En 2015, dans son encyclique Laudato si, le pape François nous rappelle la vie de Saint François : « François est l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité. C’est le saint patron de tous ceux qui étudient et travaillent autour de l’écologie, aimé aussi par beaucoup de personnes qui ne sont pas chrétiennes. »

 

Je crois profondément qu’en nous considérant comme propriétaires de notre planète, nous avons oublié l’émerveillement que peut nous procurer un simple regard sur la nature. Le passe-temps préféré de ma fille de 5 ans ? Prendre une loupe et observer le monde ! Nous avons aussi oublié que l’Eglise en particulier se doit d’être vertueuse vis-à-vis de la Création. Se rapprocher de la nature, c’est aussi nous accepter, nous les hommes, dans nos différences qui font notre richesse commune.

 

« Mais nous devons aussi reconnaître que certains chrétiens […] ont besoin d’une conversion écologique, qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne. » (Pape François)

 
A la suite du Christ, sur les chemins du respect de la nature et de l’homme

Une réelle promesse d’avenir se trouve alors dans la sobriété. La sobriété, selon moi, c’est marcher à la suite du Christ dans sa vie de tous les jours, et pas seulement le dimanche. J’essaie chaque jour de poser un regard bienveillant sur le monde et de poser des choix justes et sincères. Ces choix ne sont pas toujours simples dans le contexte actuel, politico-économique. Jean-Marie Pelt écrivait déjà en 1977 dans « L’homme re-naturé » : « Il paraît chaque jour plus évident que la croissance économique ne se poursuit qu’au prix d’une décroissance écologique, tout comme une tumeur cancéreuse ne s’alimente qu’au détriment de l’organisme qu’elle épuise : dans les deux cas, le bilan final est désastreux. ». La sobriété ne doit pas être vue comme une privation mais comme une réelle décélération qui demande un effort commun. Alors que les inégalités sont toujours de plus en plus fortes et que la fracture sociale peine à se résorber, nous devons tous agir à notre échelle.


 La sobriété dans les pas du Christ, c’est enfin pour moi accepter l’autre, l’autre tout entier, sans espérer le changer, sans se penser meilleur que lui. Nous ne pouvons que constater les déchirures entre les hommes, la guerre et l’intégrisme de tout type qui conduit à la haine. J’ai par exemple été blessé par les déchirures entre chrétiens, entre citoyens, lorsqu’une partie de l’Eglise a fait le choix d’investir la scène politique avec la Manif pour tous. J’ai été blessé lorsque j’ai vu des politiciens instrumenter une partie des catholiques pour s’arroger du pouvoir ou de l’électorat. Pour moi, être chrétien, c’est dans une certaine mesure garder son libre arbitre mais c’est surtout savoir à chaque instant se reposer les questions : « Que ferait le christ à ma place ? ». N’est-il pas allé voir les pécheurs, les pauvres comme les riches, les prostituées et les collecteurs d’impôts qui extorquaient les gens ? N’a-t-il pas fait le choix de célébrer l’Amour ?

 

Aimer l’autre comme il est, respecter son mode de vie, ses idées, son couple, ses choix professionnels et éducatifs, c’est ce que ma femme et moi essayons d’inculquer au quotidien à nos trois, bientôt quatre enfants. Ces thèmes du bonheur et du vivre ensemble sont aussi le fil conducteur de notre prochain album, déjà en préparation.

 

Je conclurai ce témoignage par une autre citation de Pierre Rabhi : « Il nous faudra répondre à notre véritable vocation, qui n'est pas de produire et de consommer jusqu'à la fin de nos vies, mais d'aimer, d'admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes. » Paroissiens, citoyens du monde, je vous souhaite simplement d’être heureux.