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Nancy - Église Saint-Sébastien Nancy - Église Saint-Sébastien

Témoignage de Anne-Marie et Daniel Masson, s'engager auprès des demandeurs d'asile, 1 et 2 juillet 2017

Face aux enjeux complexes des migrations, nos valeurs chrétiennes nous

invitent à agir, à « accueillir l’étranger », à « Construire des ponts, et non des murs,

entre tous les hommes, que chacun puisse trouver dans l’autre un frère à accueillir

et à embrasser. Nous sommes appelés à l’HOSPITALITÉ. Il est capital de passer

d’une culture du rejet du migrant à une culture de la rencontre. » (Pape François)

 

Depuis fin 2012 des demandeurs d'asile sont placés à l'hôtel Bonsaï de Ludres. Ce sont

principalement des albanais, arméniens, serbes, bosniaques, kosovars, turcs. Il y a une

trentaine de familles, soit une centaine de personnes.

Après une collecte de jouets organisée par la paroisse à Noël 2014, la distribution au

cours d'un goûter est l'occasion d'une première rencontre avec les familles de l'hôtel.

« C'est alors un passage de la frilosité à l'engagement. Un passage de "qu'est-ce qu'on

peut faire pour eux", à "qu'est-ce qu'ils attendent vraiment de nous ?" "Qu'ont-ils à nous

dire, à nous faire découvrir ?"»

Le collectif de bénévoles se constitue donc en janvier 2015. Nous sommes une petite

vingtaine actuellement : des habitants de Ludres, dont beaucoup de paroissiens engagés

et quelques personnes de Jarville et Vandoeuvre.

Nous allons vous dire ce que représente notre engagement et celui des membres du

collectif qui agissent avec nous auprès des familles de demandeurs d'asile de l'hôtel

Bonsaï. Notre seul objectif est de tendre la main et d'aider des personnes en difficultés.

 

S'engager, c'est permettre l'apprentissage du français et aider à l'éducation des

enfants

 

Chaque semaine, dans des salles prêtées par la paroisse, ce sont entre 20 et 25 adultes

qui viennent apprendre le français. Une dizaine de bébés et d'enfants non scolarisés sont

accueillis, ce qui permet aux femmes d'assister aux cours.

Des bénévoles assurent aussi du soutien scolaire auprès d'enfants en primaire, en collège

et en lycée.

Des démarches ont été plusieurs fois entreprises auprès de la mairie pour demander et

obtenir la scolarisation en école maternelle des enfants de migrants âgés de plus de trois

ans.

 

S'engager, c'est développer la vie sociale et les relations

 

Deux mamans participent au club Tricot de la MJC. L'animatrice du club a rejoint l'équipe

de bénévoles et anime maintenant une activité tricot à la salle paroissiale après les cours

de français du mardi.

Répondant à la demande d'une équipe jeunes de l'Action Catholique Ouvrière, nous avons

organisé une rencontre entre cette équipe et une dizaine de personnes de l'hôtel. Une

superbe après-midi de connaissance réciproque et d'échanges.

Des après-midis "jeux de société" ont réuni les demandeurs d’asiles, leurs enfants, les

bénévoles et des parents d’élèves FCPE accompagnés de leurs enfants.

Un club d'Action Catholique des Enfants a vu le jour il y a un an. Il rassemble tous les

quinze jours une douzaine d'enfants de 5 à 12 ans. En plus de ses rencontres habituelles,

le club est à l'origine et au coeur d'activités proposées à tous les enfants de l'hôtel :

- sortie découverte dans le Saintois,

- participations aux événements Bouge ta planète du CCFD - Terre solidaire,

- et cette année, ce sont 40 enfants et 30 adultes de l'hôtel qui étaient présents lors de

l'événement Bouge ta Colline organisé par le CCFD à Sion pour vivre un après-midi de

jeux et de découverte du Sri Lanka. Chose extraordinaire : les enfants devaient apporter

une petite boite avec une obole. Ils ont fabriqué leurs boites avec l'aide des mamans et

dans ces boites il y avait des pièces de 1, 2, 5 centimes, des bonbons, des photos de la

famille, des dessins. L'explication sur le sens de la rencontre CCFD avait été donnée au

club ACE et ils avaient bien compris ce que signifie être solidaire, aider, avec ses moyens,

des gens d'autres continents.

 

S'engager, c'est tisser des liens d'amitié

 

Il a fallu évacuer l'hôtel pour le désinfecter à cause de la présence de punaises de lit. Les

bénévoles et certains de leurs amis se sont mobilisés pour accueillir des familles pendant

trois jours et laver tout leur linge. Ce sont la moitié des occupants de l'hôtel qui ont ainsi

été logés par des familles de bénévoles. Les autres ont été hébergés par leurs proches,

leurs amis ou dans d'autres structures d'accueil. Des familles de bénévoles ont aussi

accompagné les déplacements et aidé pour le lavage du linge. « Une aventure

extraordinaire. Les liens de proximité - et on peut le dire, dans plusieurs cas, d'amitié - se

sont encore développés à l'occasion de cette opération. » Des familles sont maintenant

régulièrement accueillies par les bénévoles pour partager des repas ou des moments

conviviaux.

 

S'engager, c'est mobiliser nos réseaux

 

En juin 2016, toutes les familles de déboutés du droit d'asile se voient signifier qu'elles

continueront encore d'être hébergées mais que, pour se conformer à des directives

nationales, la préfecture supprime toute autre aide.

Le collectif a lancé un appel à l'aide auprès des paroissiens du secteur et aux amis. Ce

sont plus de soixante-dix familles qui ont apporté un soutien financier. Au cours de l'été, il

a ainsi été possible de donner un peu d'argent aux familles et tout au long de l'année

d'acheter de la nourriture et des produits de lessive. Ce n'est pas énorme, mais cela

permet de tenir et de compléter la distribution de nourriture organisée par la Banque

alimentaire. L'argent permet aussi d'acheter du matériel pour l'école et les activités

sportives, des tickets de bus, des timbres fiscaux, de payer des taxes, des loyers, des

assurances, des meubles pour ceux qui quittent l'hôtel.

La réponse généreuse aux appels a aussi permis d'équiper l'hôtel de deux lave-linge et

d'un sèche-linge. Cela permet maintenant aux familles de prendre un peu plus en charge

leur vie quotidienne.

 

S'engager, c'est accompagner l'intégration

 

Une famille avec 4 enfants et bientôt 5 est installée dans un appartement mis

généreusement à sa disposition à un tarif réduit par un particulier. En raison des

problèmes de santé d'une des enfants, les parents ont pu bénéficier d'un titre de séjour de

six mois renouvelable et d'une autorisation de travailler, ce qui a permis au papa de

trouver un emploi. La maladie de l'enfant pouvant être soignée en Serbie, la prolongation

du titre de séjour a été refusée par la préfecture. Suite à un recours, un nouveau titre va

arriver mais en attendant, il n'y a plus de travail, plus de revenus et il faut continuer à aider

pour le logement.

 

Une autre famille loge dans un appartement prêté par l'évêché de Nancy via l'association

"La Belle porte". La préfecture a accordé le titre de séjour et le permis de travail tant

attendu qui va avec. Le processus d'intégration est bien engagé. Il a cependant fallu

encore aider cette famille pendant quelques mois. Mais ça y est, le mari travaille à temps

plein et la femme à mi-temps. L'indépendance financière va enfin arriver et avec elle la

possibilité de trouver un autre logement. La vraie vie, enfin !

Il faut cependant signaler que, sans soutien, une famille ne peut pas quitter l'hébergement,

condition indispensable pour être régularisé. Comment se loger, continuer à se nourrir

alors qu'il n'y a aucune aide ? Comment payer les quelque 520 euros par adulte de droits

pour obtenir le fameux titre de séjour, qui va donner l'autorisation de travailler et d'avoir

des revenus ?

 

S'engager, c'est secourir dans des situations de détresse

 

La police procède régulièrement à des expulsions du territoire français. Cela se fait dans

des conditions parfois difficiles, voire violentes. Les personnes expulsables étaient en

France depuis trois ou quatre ans avec parfois des enfants scolarisés.

Certaines personnes réussissent à se cacher pour échapper à cette reconduite vers leur

pays d'origine. Elles vivent alors dans la clandestinité, hébergées par des amis, de la

famille, des bénévoles tels que nous également.

 

A l'hôtel, tout le monde vit dans la peur. Ils sont tous déboutés du droit d'asile et ont épuisé

tous les recours. Plutôt que de risquer l'expulsion, des familles font le choix de quitter

l'hôtel, en trouvant un logement, mais leur situation est totalement précaire. Le seul espoir

est qu'arrive peut-être, un jour, une hypothétique régularisation qui seule permettrait le

travail et une vie normale. Il faut aider ces familles en leur procurant des meubles et

l'équipement de maison qui leur permettent de s'installer.

 

S'engager, c'est cheminer ensemble dans la foi et en Église

 

Les membres de trois familles ont été accompagnés par des bénévoles pour aller jusqu'au

baptême et à la confirmation. Plusieurs petits enfants ont aussi été baptisés. Chaque fois,

cela a été l'occasion de faire la fête entre bénévoles et migrants. Le repas partagé a

permis à chacun de se régaler, chanter, louer Dieu, se réjouir et oublier pour un temps

l'angoisse du lendemain.

 

Après la veillée et la messe de Noël, plusieurs familles de demandeurs d’asile dînent et

passent la soirée avec des familles et des prêtres du secteur. Les rassemblements

paroissiaux sont aussi l'occasion de rencontres, de partages, de découvertes réciproques.

En deux années et demies, ce sont plus de soixante-dix familles qui sont passées par

l'hôtel Bonsaï et que nous avons rencontrées et aidées. Les relations durent quelques

semaines, quelques mois, deux ans pour plusieurs familles. Il y a en permanence une

trentaine de familles. Quand une chambre se libère, une nouvelle famille est installée

immédiatement. Tout est sans arrêt à recommencer avec les nouvelles personnes qui

arrivent !

 

Et notre foi dans tout cela ? La réponse tient en une phrase : « Quand t'avonsnous

vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ? … Je vous le dis en

vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes

frères, c'est à moi que vous les avez faites. » Matthieu 25:39

 

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Paroles de bénévoles

« Les échanges furent parfois un peu difficiles à cause de la langue, mais les sourires sur

les visages exprimaient le bonheur d’être là tous ensemble. Un Noël extra-ordinaire pour

tous. »

 

« J'ai fait la connaissance de O., je ne parle pas russe, elle ne parle pas français, mais le

courant est passé par le regard et l'attention que nous portions l'une à l'autre. »

« Le soir, je suis repartie avec le regret de les quitter tous et au final ce sont eux qui m'ont

enrichie. »

 

« D'un côté il y a la préfecture et la loi, de l'autre des "pauvres" hors la loi. Comment

peuvent-ils vivre sans ressources ? Comment peuvent-ils se nourrir et nourrir leurs

enfants ? »

 

« Au moment où nous aurions envie de désespérer, n'oublions pas toutes ces solidarités !

Merci à vous, les demandeurs d'asile, vous nous apprenez à partager davantage ! »

« J'ai encore beaucoup de chemin à faire en ce qui concerne les préjugés, la

connaissance de l'autre et l'acceptation de nos différences ; c'est l'ouverture de notre

horizon, cela bouscule nos certitudes et notre bonne conscience, c'est une grande

richesse. »

 

« La grande confiance qu’ils m’accordent me fait vivre. C’est une grande expérience de

fraternité avec des frères venus d’ailleurs. Ils m’ont permis d’apprivoiser le mot étranger.

Ils ne me sont plus étranges… »

 

« La rencontre est essentielle, c’est ce qui me semble le plus important pour qu’ils se

sentent aimés, reconnus ; j’ai appris à partager avec eux sur le plan victuailles… Je

n’avais jamais eu jusqu’alors sur mon chemin des hommes, femmes, enfants qui crèvent

de faim. Je réfléchis maintenant encore plus pour mes achats… »

 

« Nous ne pouvons pas vraiment mesurer l’efficacité de notre action ! Notre action est

fragile du fait de décisions imprévues pour chacune des familles et pourtant de petites

victoires s’élaborent : plus d’aisance pour se dire, pour demander. La communication

s’établit aussi par le regard, le sourire, la poignée de mains... »

 

« Il y a quelques années, un prêtre m’avait fait remarquer que la charité c’est

communicatif. J’étais étonnée et il m’a dit de regarder le bon samaritain dans l’Évangile.

Quand il trouve le blessé sur la route, il ne le garde pas pour lui seul, il le confie à

l’aubergiste en lui disant de faire ce qu’il faut et qu’il re-passera. Je trouve que c’est

vraiment ce que nous vivons : quelques personnes qui ont su dire, appeler, communiquer,

pour mettre en route d’autres ; tout cela pour aller à la rencontre de personnes dont

personnellement je soupçonnais à peine l’existence. »

 

« Devenir le prochain est un long apprentissage pour chacun de nous. »

« La vie fraternelle entre bénévoles nous soutient. On s’est engagés dans cette aventure

pour la joie de tous, pour la joie de Dieu. »

Paroles de migrants

 

« Ce que nous espérons, c'est un avenir meilleur ici en France, vivre mieux que dans

notre pays d'origine. Nous l'avons quitté parce qu'il n'était pas possible d'y vivre dans de

bonnes conditions, en paix, sans craindre les menaces, les agressions. »

 

« Toutes les difficultés que nous traversons ont un sens parce que nous sommes certains

que nos enfants auront une vie bonne. Nous sommes fiers de leurs bons résultats à

l'école et heureux de les entendre parler le français aussi bien, et même mieux, que leur

langue maternelle. Pour nous, c'est leur avenir ici qui est le plus important. »

 

« Ceux qui nous donnent de la force, ce sont aussi les français qui nous aident. Leur

soutien matériel est bien sûr important, mais ce qui compte le plus ce sont les relations de

confiance, d'amitié que nous avons avec eux. Ils sont notre famille ici. »

 

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« L’Église “en sortie” est la communauté des disciples missionnaires qui

prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient et qui

fêtent.» (Pape François - Evangelii gaudium)