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Témoignage d' Etienne Malher, chef d'entreprise et membre du MCC, 3-4 décembre 2016

Dieu s’intéresse-t-il à l’Entreprise ?

Avant de répondre à cette question, je vais d’abord répondre à la demande qui m’a été faite, comme à tous les autres témoins qui m’ont précédé, de vous partager mon expérience.

Originaire de Pont-à-Mousson, après avoir fait mes études d’ingénieur à Toulouse et à Paris, j’ai souhaité revenir travailler en Lorraine. Comme j’avais de plus envie de travailler dans le secteur médicale, la seule possibilité était de monter une société dans ce secteur. J’ai eu la première chance de retrouver à ce moment un ami de lycée qui partageait la même envie. Nous nous sommes associé dans une société dont le but était de fabriquer des appareillages médicaux innovants issus de la recherche publique. Après quelques années, nous avons vite compris que nous n’étions pas faits pour collaborer très longtemps ensemble. Nous nous sommes donc séparés à l’amiable.

J’ai eu alors une deuxième chance, celle de rencontrer des cardiologues et chirurgiens de Nancy qui avaient réuni des fonds afin de monter une entreprise destinée à mettre au point et à fabriquer des nouveaux instruments pour la cardiologie. Je suis resté 6 ans dans cette entreprise que j’ai finalement du quitter pour des raisons économiques. Cette période a été pour moi l’occasion de découvrir le secteur de la cardiologie et de la radiologie interventionnelle, elle m’a permis aussi d’approfondir mes connaissances dans la transformation des matières plastiques, expérience très utile pour la fabrication des dispositifs médicaux à usage unique. Dans cette entreprise, j’ai pu constater qu’il avait une demande pour des tubes médicaux très techniques qui n’était pas satisfaite en Europe. Ces tubes servent à faire des sondes, des cathéters ou des endoscopes qui permettent d’intervenir de plus en plus fréquemment dans toutes les parties du corps en évitant la chirurgie.

Avec un commercial dont j’avais fait la connaissance dans cette société, nous avons décidé de nous lancer en 1992 dans l’aventure MS Techniques. L’activité de MS Techniques est la fabrication sur mesure de tubes de précision en matière plastique pour les fabricants de dispositifs médicaux. D’abord installé en Pépinière d’entreprise à Pompey, avec un, puis deux techniciens, nous avons déménagé sur la même zone dans des bâtiments relais, puis dans des locaux plus vastes et enfin en 2008 nous avons pu faire construire des locaux parfaitement  adaptés à notre activité. Entre-temps, une petite sœur était née, la société Transluminal, tournée elle vers le développement de dispositifs médicaux. Tout cela fait qu’aujourd’hui nous sommes plus de 90 salariés à travailler sur le site de Pompey.

J’en reviens à notre question : Dieu s’intéresse-t-il à l’entreprise ?

Bien évidemment oui, comment pourrait-il se détourner d’une communauté humaine de 90 âmes qui se côtoient et concourent ensemble à un résultat commun : fournir des produits utiles, de bonne qualité et dans des conditions économiques permettant la pérennité de l’entreprise et de ses emplois.

Cette première réponse est donc facile, mais elle appelle d’autres questions : que représente pour moi ce regard de Dieu sur mon entreprise ? Qu’est-ce qu’il implique pour moi dans ma façon de diriger cette entreprise ?

Ce regard n’est pas pour moi une contrainte ou une inquisition, mais au contraire je le vois comme un regard de confiance, une force pour me guider dans mes choix.

Le premier de ces choix, c’est bien entendu celui de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Dans les 3 occasions que j’ai eu de prendre cette décision, il s’est trouvé un concours de circonstances qui rendait les choses possibles. J’y ai vu à chaque fois un signe qui me confortait dans ma décision d’y aller.

Une entreprise, c’est une communauté humaine. Il n’est pas facile de concilier son désir d’agir selon sa foi, avec le quotidien qui est fait de conflits, de frustrations de l’un ou de l’autre, sans oublier la nécessité d’une certaine efficacité. Je ne tomberai pas dans le travers du « patron chrétien » qui ferait tout bien. Je peux juste témoigner que la foi, et surtout le partage avec d’autres chrétiens est un arme pour éviter de trop mal faire. Ces réflexions au regard de l’évangile débouchent sur de nouvelles façons de diriger. Elles sont variées, mais elles ont toutes en commun de mettre au centre le respect de chaque personne et de ses aspirations, quelle que soit sa place dans l’entreprise.

Une entreprise, c’est aussi fait de relations avec ses clients, ses fournisseurs, l’administration, l’environnement. Chacun de ces aspects intéresse le regard de Dieu. Et sous ce regard, il devient impossible de mépriser ses fournisseurs, de tromper ses clients, de frauder l’administration et de polluer son environnement. Le plus beau, c’est que ces principes appliqués sur le long terme sont bénéfiques à l’entreprise. Un fournisseur fiable, ayant des produits de qualité et jouant la solidarité avec son client pour obtenir des marchés est bien plus bénéfique que le sous-traitant pressuré par un abus de position dominante. Un client avec qui vous avez noué des relations de confiance ne vous lâchera pas pour le premier venu car il sait combien vous êtes précieux.

Il ne faudrait pas pour autant considérer les principes évangéliques comme de simples bonnes pratiques de management. Je voudrais évoquer une autre dimension de l’intérêt que Dieu porte à l’entreprise. Il y a un mot que j’ai soigneusement évité depuis le début et qui pourtant s’impose dès que l’on parle d’entreprendre : c’est le mot de création : Création d’entreprise, création d’emploi, création de richesses, création de marché, création de nouveaux produits. Si on s’y arrête un peu, c’est un mot assez ambitieux que celui de création. Peut-on vraiment rapprocher ce mot de l’œuvre créatrice de Dieu ? Pour un Chrétien, pas de doute, ces « petites créations » doivent s’inscrire dans le projet de Dieu. Au 7ème jour dans la Genèse,  Dieu se repose, c’est à l’Homme de poursuivre la Création. Il en est capable, malgré ses faiblesses, Dieu l’a créé à son image.

En conclusion, ce dont je voudrais témoigner, c’est que participer ainsi au projet de Dieu par l’aventure entrepreneuriale, dans ses réussites comme dans ses échecs, malgré les moments de doute et d’angoisse est une véritable joie.