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Témoignage d' Emmanuelle KUBLER-SEBALD, Avocat et responsable diocésaine de l 'ACI, 2 et 3 décembre 2017

Je ne vais pas rentrer dans de grandes considérations philosophiques sur la dignité humaine, pas le sujet et j'en serai bien incapable.

Mon but est avant  tout de témoigner, de ce que je vis dans le cadre de ma profession d'avocat. Lorsque j'ai choisi d'embrasser cette profession ou à tout le moins le monde judiciaire, ce n'était pas pour m'occuper de droit fiscal ou de créations d'entreprises, domaines certes très intéressants, mais je tenais vraiment à rejoindre l'homme  au cœur de ses préoccupations premières (litiges entre particuliers ou avec son employeur, droit de la famille, droit pénal, droit du surendettement...)

Quid de la « dignité humaine » ?

Nombreux qui se sont essayés à la définition

La dignité est un droit de l'homme que l'on appelle parfois de la « 3em génération ». Après les droits économiques et sociaux, est apparue la nécessité de droits fondamentaux avec l'émergence de notions juridiques d'humanité ou d'espèce humaine.

Nul ne peut renoncer à la dignité humaine (la justice l'a rappelé avec l'affaire du lancer de nain en 1995)

Une définition de Mickael Rosen me correspond bien

«  la dignité humaine, c'est le cœur de la valeur transcendentale d'un individu simplement parce qu'il est humain, indépendamment du fait de ce qu'il croit valoir ou de ce que d'autres pensent qu'il vaut »

 le problème de la dignité humaine est au cœur des préoccupations .Le pape, d'ailleurs tout récemment écrivait que par rapport à la peine de mort, le catéchisme de l Eglise devait évoluer. « Aussi grave soit le crime commis, la peine de mort est inadmissible parce qu'elle attente à l'inviolabilité et à la dignité de la personne » a t-il martelé.

Personnellement

J'ai toujours eu envie de servir les intérêts des personnes et ce magnifique métier, dans les matières que j'ai choisies, rejoint cette intuition.

* Pour illustrer mes propos, je prends pour exemple les victimes de violences conjugales que j'accompagne au fil des semaines dont la dignité humaine a été bafouée

L' avocat, certes, n'est pas psychologue, ni assistante sociale mais son rôle , à mon sens,  ne se limite pas à appliquer simplement des procédures, des lois. Comment défendre son client si vous ne le connaissez que très peu, si vous ne faites pas preuve d'empathie, s'il n'est qu'un numéro de dossier au sein de votre cabinet ?

Là commence déjà le respect de la dignité humaine.

Je touche du doigt chaque jour ce problème du respect de la dignité humaine.

Toutes ces victimes dont la dignité humaine a été bafouée, ont le droit au respect et nous nous devons de les aider à se reconstruire (en lien avec d'autres professionnels).

Ex : femme dont l'homme lui interdit d'accéder aux toilettes de la maison et qui est obligée de faire ses besoins dans un sac au sous sol.

Ex : femme qui doit aller se doucher à la piscine car son mari lui coupe l'eau chaude dès qu'elle rentre dans la douche

Ex : cette femme qui doit inscrire sur un tableau toutes les courses qu'elle fait avec l 'heure et le prix y compris pour une baguette de pain.

Pas toujours simples de recevoir toutes ces victimes, de bien appréhender leur situation, de les soutenir tout en conservant du recul.

En qualité d'avocate, il est de mon devoir d'oeuvrer pour qu'il soit mis fin à ses situations inhumaines, indignes de l'homme et de déployer l'arsenal juridique nécessaire.

Malheureusement les moyens offerts par le justice ne sont pas toujours efficaces , qui plus est, dans des situations d'urgence.Les problèmes de preuves sont réels surtout en matière de violences psychologiques

L'efficacité au prêtoire dépend de la bonne connaissance de la situation, du vécu du client, de l'attention qu'on a pu porter à son histoire, sans toutefois se laisser envahir. Ne faire état que de règles de droit ne suffit pas.

*Un autre domaine dans lequel nous oeuvrons beaucoup pour la défense de la dignité humaine c'est en matière de droits des étrangers (que je ne pratique pas faute de temps) et en matière pénale.

Lorsque je reçois des stagiaires, la question classique est « comment pouvez vous défendre un criminel ? Ou un homme que vous savez coupable et qui conteste les faits ? »

Je leur réponds souvent ainsi :

«  un avocat ne défend pas le mal, il défend l'humanité de l'homme cachée derrière le mal »

« il ne faut pas s'abandonner à la répulsion ; ce n'est pas un crime que l'on juge mais c'est l'homme » «  Tout homme a le droit d'être défendu, a droit à un procès équitable, à des conditions de détention acceptables »

Or en cette matière de détention , beaucoup de travail !

Ne pas oublier que la France a encore été condamnée il a quelques années par la cour européenne des droits de l'homme au titre des mauvaises conditions de détention en milieu carcéral. Et cela nous concernait puisqu'il s'agissant des conditions de détention à la prison Charles III. Même si la prison Charles III n'existe plus, malheureusement il existe encore beaucoup d'établissements vétustes.

Le respect de la dignité humaine passe pour moi avocat par le fait que l'avocat porte une parole, l'histoire et l'espérance d'hommes permettant ainsi au juge de juger sur des éléments qui lui sont présentés.

Ëtre avocat, c'est donner du sens à une vie, c'est préserver l'espérance, c'est ne rien dire qui abîme même son adversaire, c'est recadrer une vie, c'est donner de la cohérence à un homme même criminel, c'est remettre l'homme debout....et tout ceci dans l'objectif de défendre la dignité humaine

Je conclurai par deux remarques :

* Tout d'abord en citant Henri Leclerc, avocat, figure des droits de l'homme, avocat humaniste qui écrivait pour les 100 ans de la ligue des droits de l'homme

«  ils sont toujours là, nos vieux adversaires.Ils s'appellent l'arbitraire qui menace les libertés, l'intolérance qui détruit la fraternité, le racisme qui nie l'égalité, l'individualisme qui tue le citoyen. Elle est toujours présente la misère, cette insulte à la dignité

*Le monde judiciaire est un monde qui abîme dont on ne sort pas indemneMais nous auxiliaires de justice, nous avons un grand rôle à jouer dans ce monde, qui j'en suis sûre, est habité par le Christ.
Je crois de toutes façons profondément qu'il n'existe pas de profession, d'activités , de métier plus chrétiens que d'autres. Mais peut-être y a t-il une façon chrétienne de les exercer. Et si l'avocat est en première ligne pour faire respecter la dignité humaine, nous tous avons un rôle à jouer, minime soit-il.

Emmanuelle KUBLER-SEBALD