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L'église Saint-Martin de Pagny-sur-Moselle

L'église Saint-Martin de Pagny-sur-Moselle, classée Monument Historique depuis 1920, est l’une des 254 églises lorraines dédiées à saint Martin, évêque de Tours au IVe siècle.
 

A - ASPECT GENERAL

C'est un édifice de petites dimensions de style « gothique flamboyant » qui peut être classé dans le groupe « églises halles ». Ce type d'architecture à espace intérieur unifié se retrouve comme à Pagny, dans les églises de Saint-Etienne de Bar-le-Duc et Saint-Mihiel, Saint-Laurent de Pont-à-Mousson, ainsi qu'à Saint-Privat, Vittel, Nomeny, Vézelise, Charme, Châtel, Rambervillers, Bonnet, etc.
Comme beaucoup de ces églises, elle est orientée Est/Ouest, le chœur étant à l'Est, et présente les caractéristiques suivantes :

  • Les voûtes du chœur comportent des nervures en saillies (liernes et tiercerons) qui pénètrent dans les fûts de piliers monocylindriques sans chapiteau.
  • Même aspect de la nef et des bas-côtés ou collatéraux à peu près de même hauteur que celle de la nef.
  • Les fenêtres sont hautes, divisées en deux parties par les meneaux sous de fins réseaux de lobes et de trèfles.
  • Le chœur polygonal et la travée d'avant-chœur sont couverts de tuiles plates, le clocher d'ardoises, alors que la nef de trois travées et les bas-côtés sont couverts de tuiles mécaniques.

1 - Période de construction

On ne connaît les noms ni des architectes, ni des maîtres maçons ou autres compagnons à qui nous devons la construction de l'église Saint-Martin. On ignore également les dates de commencement et de finition des travaux, de sa bénédiction et de son ouverture au culte.
Force est donc de nous remettre aux spécialistes de l'art religieux pour déterminer l'âge de ce sanctuaire.

D'après le rapport de l'architecte en chef des Monuments historiques pour le département de Meurthe et Moselle transmis le 28 octobre 1919 au Ministère des Beaux-arts et conservé actuellement au Ministère de la Culture à Paris, l'église de Pagny peut être classée parmi les édifices religieux construits au XVe siècle. Le dictionnaire des églises d'Alsace, de Lorraine et de Franche Comté (édition Robert Laffont 1969) retient la période de fin XVe siècle.

2 - Repères historiques

Cette fin du XVe siècle correspond en France aux règnes des rois Louis XI (1461-1483) et Charles VIII (1483-1498) et en Lorraine, au vainqueur de Charles le Téméraire, le duc René II (1473-1508). Pagny, à cette époque, comptait une centaine d'habitants et dépendait de la Seigneurie de Prény.
L'abbaye des Prémontrés de Sainte-Marie-aux-Bois était dirigée alors par l'abbé Jean de Mamey (1475-1498) et Pierre II de Prény (1498-1505).
La réunion de la cure de Pagny à cette abbaye n'eut lieu qu'en 1534 par le pape Paul II suite à la demande de Nicolas Thuillier, abbé de Sainte-Marie après avoir été curé de Pagny (1528-1558).

3 - Questions sans réponses

Quel édifice existait avant l'église actuelle ? L'église de ‘Pargny’ figure déjà dans une transaction effectuée le 22 juillet 1215 entre l'abbé de Sainte-Marie-aux-Bois et l'abbesse de Sainte-Glossinde à Metz dont dépendait le patronat de l'église de Pagny.
Peut-on supposer que les abbés des Prémontrés, grands bâtisseurs, aient été les « concepteurs » de cette église ? Pourquoi, en cette fin troublée de XVe siècle avoir choisi Pagny pour y construire une église aussi importante (environ 300 places assises) comparée aux besoins d'une faible population (une centaine d'habitants). Que penser des milliers de crânes et d'ossements empilés dans un caveau découvert en 1852 par l'abbé Dalençon sous l'ancienne chapelle romane formant la base de l'actuel clocher ?
Pourquoi avoir prévu d'agrandir d'une quatrième travée en 1785 cette église « trop petite » pour un village de quelque 800 habitants ?

 

B - VISITE DE L'EDIFICE

1 - La nef et les bas-côtés

a) Les vitraux

Les vitraux actuels ont remplacé les anciens détruits au cours de la guerre 1914/1918. Ils ont été exécutés à partir de 1928 par le maître verrier Jacques Grüber de Nancy et mis en place suivant les plans dressés par M. Guet, architecte en chef des Monuments historiques pour la restauration des verrières de l'église. Sur la face Nord ‘Le Couronnement de la Vierge’ et ‘Le miracle de Saint Nicolas’, sur la face Sud ‘Sainte Elisabeth et le miracle des roses’ et ‘La résurrection de Lazare’.

b) La chaire à prêcher

Appliquée à un pilier à droite de l'allée centrale, elle daterait du XVIIIe siècle et aurait remplacé une autre plus ancienne. Surmontée d'un abat-voix en forme de dais supportant une sphère et une croix par l'intermédiaire des six supports, elle est décorée sur ses panneaux latéraux par les quatre évangélistes : saint Matthieu et l'homme ailé, saint Marc et le lion, saint Luc et le taureau, saint Jean et l'aigle. Au centre : le Bon Pasteur avec son mouton. Au plafond, le Saint Esprit est représenté par une colombe.

c) Les autels latéraux

Dédiés à saint Joseph et à la Vierge Marie, ils sont de la première moitié du XVIIIe siècle et auraient appartenu à un autre sanctuaire.

d) Le chemin de croix

Les scènes sont réparties sur la face Nord (4), sur la face Sud (4) et de chaque côté de la porte sur le mur Ouest. Les tableaux présentent un relief de 250 mm environ pour une hauteur de 1,70 m et une largeur de 1,30 m. À l'origine chacun était surmonté d'une croix sur un globe. Ils ont été bénis le 12 juin 1881.

e) Sol

Le parquet refait à neuf en 1971 recouvre l'ancien dallage de pierre sur lequel on apercevait par places des petites cuvettes que les pieds de nombreuses générations de paroissiens avaient creusées.

f) Tribune

Reconstruites après la guerre 1914/1918, elle abrite l'orgue acheté d'occasion en 1928 et rénové en 1986.

2 - Chœur et avant-chœur

a) Les vitraux

Comme ceux de la nef et des bas-côtés, ils datent de 1928 et sont l'œuvre du maître verrier nancéien Jacques Grüber. Ils ont pour sujet : Saint Martin, patron de la paroisse partageant son manteau avec un pauvre, ‘Jeanne d'Arc’ faisant couronner son roi Charles VII à Reims et ‘Le baptême de Clovis’ après sa victoire de Tolbiac en 496.

b) Les boiseries

Elles doivent provenir d'un antique sanctuaire. On y a découpé assez grossièrement la porte d'accès au clocher. À l'arrière du maître-autel, elles condamnent des portes dont les seuils fort usés témoignent de leur âge.

c) Le maître-autel

Il daterait de la première moitié du XVIIIe siècle et proviendrait d'une autre église.

d) Table de communion

Elle a remplacé en 1926 l'ancienne en fonte, identique à celle qui limitait l'ancienne tribune, au-dessus du chœur. Cette tribune devait être utilisée par les religieux ou religieuses des différents ordres ayant des établissements à Pagny avant le Révolution. Elle a été déposée en 1999.

e) Fonts baptismaux

Ils sont du début du XXe siècle ; finement sculptés avec feuilles en relief (hauteur 1,46 m et largeur 0,80 m - 5 panneaux - 3 colonnettes de 0,60 m).

3 – Clocher

Dans l'angle formé par le chœur à pans coupés et la nef triple s'élève au nord une tour construite en moellons avec des angles appareillés. Incorporée à la base du clocher, une petite chapelle romane avec, aux quatre angles, des colonnes à chapiteau supportant une légère voûte avec nervures et clé sculptée. Sous cette chapelle se trouve un caveau dont le larmier a été muré vers les années 1930. La flèche du clocher, construite à huit pans, abrite les trois cloches qui ont remplacé celles réquisitionnées par les Allemands en 1917.
Elles ont pour noms :

  • « L'héroïque » portant en relief un calvaire, sainte Anne, la Sainte Vierge et sur cinq ceintures la liste des enfants de Pagny morts pour la France au cours de la première guerre mondiale ;
  • « Jeanne d'Arc » offerte comme la précédente à l'église de Pagny pour titre « France-Amérique » et porte en relief un calvaire, le Sacré-Cœur et Jeanne d'Arc ;
  • « La France » baptisée en 1930 et sortant comme ses deux sœurs, des ateliers Jules Robert de Nancy.

C- Extérieur de l'église

De l'antique cimetière qui entourait l'église jusqu'en 1854, il ne reste que quelques plaques funéraires dont la plus ancienne est fixée à l'extérieur du chœur, celle de Antoine Bras de Fer, décédé le 10 septembre 1569 (et non 1369 comme pourrait le laisser croire la forme du 5).
Sur la face nord existe encore l'ancienne porte d'entrée actuellement murée ; d'après un plan de 1785, elle était précédée de trois marches d'escalier. Aucune porte n'existait à la place de l'entrée actuelle, rue Adolphe Thiéry.
La façade ouest a été reconstruite après avoir été détruite par l’explosion accidentelle d’un obus de la geurre de 14/18, le 25 mars 1919.
Sur le premier contrefort à droite de la porte d'entrée apparaît en creux le dessin d'une forte épée (utilisation probable d'une ancienne pierre tombale).
La sacristie et les jardins de la cure occupent la zone sud entre l'église et le presbytère.