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Saint Antoine de Padoue

Les évangiles sont-ils fiables ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les évangiles décrivent la vie et l’enseignement de Jésus.
Écrits par des hommes différents, l’Église affirme qu’ils ont été inspirés par Dieu.
Cependant, peut-on les considérer comme des témoignages à valeur historique ?
Le père Olivier Bourion, bibliste, chargé de cours à l’université de Lorraine et
formateur au séminaire interdiocésain de Metz nous répond.

Quelle est l’origine des évangiles ?

Rédigés au Ier siècle et attribués par la tradition à Matthieu, Marc, Luc et Jean, les évangiles sont le fruit
d’une histoire en plusieurs étapes.

Le premier évangéliste, c’est Jésus, puisqu’il annonce la Bonne Nouvelle (l’Évangile) du règne de Dieu.
Puis sa mort et sa résurrection viennent tout accélérer. Les Apôtres relisent alors ce qu’ils ont vécu avec lui
à la lumière de ces faits et se rendent compte que tout ce qui le concerne s’est déroulé selon les Écritures1
qui prennent alors un sens nouveau.
Bientôt le besoin se fait sentir d’approfondir l’enseignement de Jésus et de s’organiser comme Église.
On commence à se transmettre des discours du Seigneur et à se remémorer des épisodes de sa vie.
Transmis d’abord oralement, ces matériaux sont bientôt consignés par écrit sous forme de brefs recueils.
Finalement, ils sont rassemblés et réorganisés comme des récits globaux retraçant le parcours de Jésus.
Un nouveau genre littéraire apparaît : l’évangile.
Marc est sans doute l’évangile le plus ancien (entre l’an 65 et 70).
Matthieu et Luc le connaissent et l’utilisent ; mais ils puisent aussi tous les deux dans une autre tradition
qui comporte la plupart des grands discours de Jésus (la «source Q»).
Chacun retravaille son texte en fonction de sa perspective théologique et de ses auditeurs.
Quant à l’évangile de Jean, il résulte d’un travail de rédaction complexe qui a sa propre tradition.

Est-ce que les évangiles ont pu être falsifiés au cours de l’histoire ?

Les copies les plus anciennes du Nouveau Testament sont des fragments de papyrus.
On en compte plus d’une centaine (du IIe au IVe siècle).
Plus récents sont les deux cent quatre-vingts manuscrits grecs en lettres majuscules (du IVe au IXe siècle) et
les deux mille huit cents manuscrits en écriture cursive (du IXe au XVe siècle). Il faut ajouter à cela les témoins
indirects du texte comme les traductions anciennes, les lectionnaires et les citations des pères de l’Église.
Le Nouveau Testament est ainsi l’ouvrage de l’Antiquité conservé par le plus grand nombre de manuscrits,
avec le décalage chronologique le plus petit par rapport aux textes originaux.

Au fur et à mesure du travail de copie, des altérations s’introduisent dans les manuscrits.
Mais elles portent presque toujours sur un point insignifiant (faute d’orthographe ou variante calligraphique).
Les variantes significatives comme un verset manquant, ne touchent qu’un millième du texte !

Ces remarques font du Nouveau Testament le texte le plus fiable de l’Antiquité par rapport à sa source.

Est-ce que des sources non chrétiennes ou l’archéologie contredisent ces écrits ?

Concernant Jésus, nous disposons de peu de renseignements en dehors des évangiles mais ils vont
plutôt dans leur sens. Ainsi, la piscine probatique dont parle Jean 5, 2 correspond bien à celle qui a été mise
au jour derrière le couvent Sainte-Anne à Jérusalem.

Pour ce qui est des documents écrits, un passage du Talmud2 (début du Ve siècle) déclare qu’«à la veille de la Pâque,
on pendit Jésus le Nazôréen…parce qu’il avait pratiqué la magie, séduit Israël et égaré le peuple».
Ce document est précieux, car il montre que Jean ne s’est pas trompé en situant la mort de Jésus au moment même
où l’on égorge l’agneau pascal. Quant à l’accusation de magie (ou de sorcellerie), elle concorde avec les évangiles,
puisque les adversaires de Jésus déclarent : «C’est par le chef des démons qu’il chasse les démons» (Mc 3, 22).

Est-ce que les évangiles apocryphes contestent les évangiles «officiels» ?

À côté des évangiles reconnus comme canoniques3 apparaissent très vite d’autres récits,
plus ou moins fragmentaires, les apocryphes.

L’Église ne les a jamais cachés.
Au contraire, elle les a même sauvegardés grâce aux citations qu’en font les premiers théologiens !
Ces récits, tous plus tardifs que les canoniques, satisfont l’imagination là où la tradition canonique ne dit rien,
tout en appuyant parfois les thèses de communautés très éloignées du christianisme.

Malgré ce qu’on croit souvent, les apocryphes sont loin de nous fournir un portrait «plus humain» de Jésus :
ce qui leur pose problème généralement n’est pas la divinité du Christ, mais plutôt son humanité.

Les auteurs des évangiles étaient-ils fiables ?

Dans l’Antiquité, la transmission se fait par oral. Les Apôtres n’ont pas pris de notes.
Les évangiles sont donc le fruit de la réflexion d’une communauté chrétienne qui se souvient de la vie de son Seigneur.
Ils ne se présentent d’ailleurs pas comme des biographies de Jésus (on ne connaît rien de son portrait physique et
quasiment rien de son enfance), mais comme une proclamation croyante mise en récit.

Or, malgré cette chaleur de la foi, les évangiles, contrairement aux apocryphes, frappent par leur relative sobriété
et leur absence de complaisance.

Celui qui voudrait trouver des passages embarrassants pour l’Église n’a pas besoin de se tourner vers les apocryphes ;
les évangiles canoniques suffisent amplement (les Apôtres ne comprennent rien et Pierre, le premier pape,
est même traité de Satan par Jésus !).
Le fait que les Apôtres soient très loin de s’y donner le beau rôle plaide en faveur de l’authenticité de ces récits.

Pourquoi les évangiles semblent parfois se contredire ?

Parlons d’abord des ressemblances! Elles sont impressionnantes, en particulier
entre les évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc.

Quant aux différences, elles constituent rarement de véritables contradictions, mais plutôt des changements de perspective.
Rien de plus normal, puisque chacun des évangiles s’adresse à un type différent d’auditeurs.
Il n’y a pas de «version officielle» de la vie de Jésus.
Chacun publie la Bonne Nouvelle dans la langue de ses destinataires et en fonction des problématiques de son milieu.
Le plus intéressant n’est pas de prétendre retrouver le «tronc commun» d’un «évangile primitif»,
mais bien plutôt de saisir les traits spécifiques à chacun.

Les évangiles deviendront alors comme les quatre voix d’une même polyphonie qui nous permettra de saisir
dans toute son épaisseur le mystère bouleversant du Ressuscité.

Propos d'Olivier Bourion
Texte libre de droits. Secteur Pastoral du Pays-Haut

 

1. Ensemble des écrits bibliques antérieurs à Jésus-Christ (Ancien Testament).
2. Principal recueil juif de commentaires et d’interprétations de la Torah.
3. Reconnu par le consensus des communautés chrétiennes et l’autorité des Apôtres.

Voir Schéma de l'Evangile aux évangiles