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Secteur pastoral du Pays-Haut

Homélie de Mgr Papin - Messe de rentrée du secteur pastoral du Pays-Haut (04/10/2015)

Homélie de Monseigneur Papin
Visite pastorale dans le Pays-Haut
Mont-Saint-Martin, dimanche 4 octobre 2015

« Au commencement, Dieu les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme,
et tous deux deviendront une seule chair… Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ».
Face à la question des Pharisiens concernant le divorce, Jésus rappelle quelle était la volonté première de Dieu à l’origine de l’humanité.
Il les exhorte à ne pas l’oublier et à s’efforcer d’y correspondre. Mais on ne doit pas oublier non plus la miséricorde de Dieu
dont Jésus a témoigné tout au long de sa mission vis-à-vis des personnes qui s’étaient éloignées de cette perspective.
Il les accueille, il leur ouvre un chemin de vie. Aujourd’hui s’ouvre à Rome le second synode sur la famille.
Le synode fera des propositions pour la préparation au mariage, pour le soutien des couples et des familles.
Il sera également confronté à la situation tellement fréquente aujourd’hui des couples en difficulté et séparés, des personnes divorcées
qu’elles soient ou non remariées, et à leur situation dans l’Église.
À ce sujet, la question majeure sera celle-ci : comment tenir ensemble l’affirmation de l’indissolubilité du mariage sacramentel
et l’ouverture d’un chemin d’espérance et de vie à ceux et celles dont le couple a été brisé ?
Ce n’est pas : ou la doctrine ou la miséricorde, comme certains débats actuels le laissent penser.
Car la miséricorde fait partie de la doctrine. Elle est le coeur de l’Évangile, ainsi que nous l’a rappelé le pape François
en décidant de nous faire vivre une année sainte de la miséricorde divine qui s’ouvrira le 8 décembre.
« C’est la miséricorde que je veux », nous dit Jésus.

J’en viens maintenant à la raison de ma venue au milieu de vous.
Elle n’est pas étrangère à ce que je viens de dire suite à l’Évangile de ce dimanche.
Car il s’agit aussi de miséricorde, plus précisément de ce qu’on appelle les oeuvres de miséricorde,
c’est-à-dire les actions menées pour venir en aide à ceux et celles qui vivent des situations difficiles et douloureuses.
L’accompagnement des couples en difficulté et séparés en fait partie.
Il y a un peu plus de deux ans se concluait à Lourdes un rassemblement national de nos diocèses intitulé : « Diaconia – Servons la fraternité ».
« Diaconia », un mot que nous n’avons pas l’habitude d’utiliser. On le trouve dans le Nouveau Testament.
C’est un mot grec qui signifie le service, en particulier le service de ceux que l’Évangile appelle les petits et les pauvres,
les malades, les prisonniers, les étrangers… Au terme de ce grand rassemblement de plus de 12 000 personnes, le message final déclarait :
« La fraternité n’est pas une option, elle est une nécessité ».
La fraternité n’est pas une option parce qu’elle est au coeur de la mission de Jésus venu, comme il l’a dit,
pour rassembler les enfants de Dieu dispersés.
Cette fraternité qui doit s’établir entre tous concerne de façon particulière ceux et celles qui pour diverses raisons en sont exclus.
L’attention aux plus pauvres, aux plus fragilisés, aux plus isolés, notre engagement auprès d’eux, qu’ils vivent tout près de nous ou
dans des pays lointains, doivent être au coeur de nos préoccupations personnelles et paroissiales, tout simplement parce que cela fut
et demeure au coeur du Christ et de son Évangile.
Cette attention active doit tenir dans vos paroisses autant de place que la parole de Dieu, la catéchèse, la liturgie et les sacrements.
Car, selon les mots du pape Benoît XVI, elle appartient à la nature de l’Église et celle-ci ne peut y renoncer (Dieu est amour 25).
Si nous oubliions la charité et la fraternité, ou si nous ne leur accordions qu’une place secondaire, notre rapport à la parole de Dieu et
aux sacrements, en particulier à l’Eucharistie, serait faussé, et notre communauté bancale.
Certes, il y a le Secours catholique, le CCFD, les équipes et les conférences Saint-Vincent-de-Paul, et bien d’autres associations
confessionnelles ou non qui oeuvrent en ce sens et dans lesquelles des chrétiens s’engagent en tant que bénévoles !
Oui, il y a tout cela, et c’est heureux et c’est nécessaire ! Et ces associations ont toujours besoin de bénévoles.
Demandez-vous donc si vous ne pourriez-pas y prendre part.

Mais pour autant, une paroisse ne peut pas se décharger purement et simplement sur ces associations de
l’engagement auprès des plus fragilisés pour ne se concentrer que sur la catéchèse, la liturgie et les sacrements.
S’il en était ainsi manquerait un des éléments constitutifs de son identité chrétienne.
Chaque paroisse doit donc inventer sa façon à elle d’accomplir le commandement de la charité fraternelle en fonction
des réalités locales et des interpellations qui lui sont adressées. J’ai pu constater au cours de ma visite que c’est bien
une préoccupation de vos paroisses, que ce soit auprès des personnes âgées et malades résidant chez elles ou
en établissements, auprès des jeunes en établissement scolaire, auprès des familles en deuil, des personnes handicapées,
des immigrés, des réfugiés et de bien d’autres façons.
Et puis, faut-il le rappeler, ce n’est pas seulement sur notre bonne fréquentation des Saintes Écritures ni sur notre assiduité
à la messe du dimanche que se jouera notre pleine participation au Royaume de Dieu. Certes, cela est important et nécessaire,
car nous y puisons à la source de la charité. Mais dans l’enseignement de Jésus, il y a un autre critère absolument déterminant :
notre pratique effective de la charité : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger… j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;
… malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi » ; alors, « venez et recevez en partage le Royaume… »

Nous devons même aller plus loin que le seul secours apporté à ceux qui sont dans le besoin.
Nous devons faire en sorte que ces personnes ne restent pas à l’extérieur de nos communautés et de nos assemblées, que,
d’une manière ou d’une autre, elles y trouvent place, que nous nous organisions pour les y accueillir, qu’elles puissent y exprimer
leurs joies et leurs souffrances, leur compréhension de la parole de Dieu et leur prière.

Comme dit notre pape François, il est temps d’aller aux périphéries pour que les périphéries soient au centre de notre Église et
de nos communautés.
Lorsque j’étais séminariste, j’ai lu un petit livre qui m’a beaucoup marqué.
Il avait été écrit par un prêtre français, le Père Joseph Bouchaud, de la congrégation des Fils de la Charité.
Ce prêtre était parti exercer son ministère en Amérique du Sud. Il avait intitulé son livre : « Les pauvres m’ont évangélisé ».
Oui, nous avons beaucoup à recevoir au plan humain et chrétien des personnes en situation de précarité et de souffrance,
car, selon les mots du pape François, elles ont part, plus que d’autres, à la croix du Seigneur.
Cela suppose une vraie conversion de notre regard, de notre coeur et de nos façons de vivre en Église pour être à même
d’accueillir ces personnes, ce qu’elles ont à partager avec nous, et de nous laisser changer par elles, car si nul n’est trop pauvre pour
n’avoir rien à dire ni à partager, nul n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir des plus pauvres.
Permettez-moi de citer à nouveau notre pape : « Les pauvres ont beaucoup à nous enseigner…
Il est nécessaire que tous nous nous laissions évangéliser par eux….
Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux…
à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux » (n° 198).
Il existe dans le Missel Romain une messe pour demander la charité.
Je terminerai en citant l’oraison que le prêtre prononce après la communion.
Je la dis en pensant à vous et à tous ceux qui vont communier ce dimanche :
« Ceux que tu nourris d’un même pain, Seigneur, tiens-les dans le souffle de ton Esprit.
Qu’un parfait amour de charité les saisisse et les renouvelle. Amen ».